La Pierre Blanche (Den vita stenen) – 1973
La Pierre Blanche est cette série suédoise en treize épisodes qui a serré le cœur de toute une génération d’enfants français : deux gamins d’une dizaine d’années, un caillou blanc en guise de trophée, et une succession de défis de plus en plus fous. Adaptée par Göran Graffman du roman de Gunnel Linde pour la télévision suédoise, La Pierre Blanche (Den vita stenen) a été diffusée à partir de 1973.
La Pierre Blanche : fiche technique
Titre original : Den vita stenen
Scénario : Gunnel Linde, d’après son roman paru en 1964
Réalisation : Göran Graffman
Musique : Bengt Hallberg
Production : Ingemar Leijonborg, pour Sveriges Radio
Format : 13 épisodes de 30 minutes, en couleur
Distribution : Julia Hede (Fia, Florence en version française), Ulf Hasseltorp (Hampus, Jean-Paul en version française), Monica Nordquist (la mère de Florence), Håkan Serner (le cordonnier), Betty Tuvén (Malin), Ulf Johansson (le maire)
Diffusion suédoise : Sveriges Television, à partir du 6 octobre 1973
Diffusion française : TF1, à partir du 5 janvier 1977, dans Les Visiteurs du mercredi
Diffusion québécoise : Télévision de Radio-Canada

Synopsis : La Pierre Blanche, un caillou pour trophée
La Pierre Blanche se déroule dans une petite ville suédoise des années 1930. Fia vit seule avec sa mère, professeure de piano, dans une maison bourgeoise où l’on parle bas et où l’on tient son rang. Hampus, lui, est le neveu d’un cordonnier pauvre et bruyant, perdu au milieu d’une nichée d’enfants. Rien ne devrait les rapprocher, sauf une chose : ni l’un ni l’autre n’a d’amis.
Tout commence quand Hampus subtilise le caillou blanc de Fia. De ce petit larcin naît un pacte secret : celui qui relève le défi lancé par l’autre garde la pierre blanche jusqu’au pari suivant. Les deux enfants se rebaptisent pour l’occasion, elle devient Fideli, lui le roi des dangers, et les épreuves s’enchaînent : peindre des yeux sur l’horloge du clocher, rester muet une journée entière, voler l’éléphant du cirque de passage. Autour d’eux, la mère de Florence désapprouve, les notables s’agacent, et l’amitié tient bon.

Gunnel Linde, la romancière qui a inventé La Pierre Blanche
Avant d’être une série, La Pierre Blanche est un livre. Gunnel Linde (1924-2014) publie Den vita stenen en 1964 et reçoit dès l’année suivante la plaque Nils Holgersson, la plus haute distinction suédoise de la littérature pour la jeunesse. Auteure de plus de quarante ouvrages pour enfants, elle recevra aussi le prix Astrid Lindgren en 1978. Le roman a été traduit en français sous le titre Exploits pour une pierre blanche.
Gunnel Linde n’était pas seulement une conteuse. Passée par la radio et la télévision suédoises, elle cofonde en 1971 l’association BRIS, « le droit des enfants dans la société », qui milite depuis pour la protection de l’enfance en Suède. Cet engagement explique le regard très particulier de La Pierre Blanche sur ses deux héros : jamais attendris, jamais moqués, filmés à hauteur d’enfant, avec leurs peurs, leur orgueil et leur besoin d’échapper à un monde d’adultes qui ne les écoute pas.

Le générique de La Pierre Blanche, signé Bengt Hallberg
La musique de La Pierre Blanche est l’œuvre de Bengt Hallberg (1932-2013), pianiste surdoué et compositeur parmi les plus respectés du jazz scandinave, remarqué dès l’adolescence et sollicité par les plus grands solistes américains de passage à Stockholm. Pour la série, il abandonne le swing et écrit un thème d’une simplicité désarmante, une mélodie claire et un peu mélancolique, qui accompagne les images du générique comme une comptine.
C’est cette musique que beaucoup de téléspectateurs français ont gardée en mémoire bien plus longtemps que l’intrigue des épisodes. Quelques notes suffisent à faire remonter le mercredi après-midi, le grain de l’image, la campagne suédoise et la silhouette des deux enfants courant dans les herbes hautes. Peu de génériques ont autant fait pour la réputation d’une série : le thème de La Pierre Blanche est resté le raccourci sonore vers une certaine idée de l’enfance.
La Pierre Blanche et le mercredi après-midi des enfants français
En France, la série arrive le 5 janvier 1977 sur TF1, glissée dans Les Visiteurs du mercredi, le grand rendez-vous jeunesse de Christophe Izard. Pour l’occasion, le doublage francise tout : Fia devient Florence, Hampus devient Jean-Paul, Malin devient Martine. Un feuilleton suédois lent, tourné en décors naturels, sans effets ni musique tonitruante, au milieu de programmes bien plus agités : le contraste marque durablement les esprits.
La Pierre Blanche appartient à cette poignée de programmes des années 1970 qui ont appris aux enfants que la télévision pouvait aussi émouvoir, au même titre qu’un Candy arrivé peu après sur les écrans français. Trente ans plus tard, les forums et les blogs de nostalgiques recensent encore des dizaines de messages de gens qui cherchaient le titre de « cette série où deux enfants se lançaient des défis pour garder un caillou blanc », sans parvenir à le retrouver.

La Pierre Blanche, un classique intemporel de la télévision d’enfance
En Suède, La Pierre Blanche n’a jamais vraiment quitté la mémoire collective : la série figure aujourd’hui dans l’archive ouverte de la télévision publique, où les treize épisodes sont consultables, et le roman de Gunnel Linde continue d’être réédité et lu en classe. Julia Hede et Ulf Hasseltorp, eux, resteront à jamais Fia et Hampus pour toute une génération de Suédois.
Ce qui frappe, en revoyant La Pierre Blanche aujourd’hui, c’est sa confiance absolue dans le temps long. Rien n’est expliqué, rien n’est souligné, les silences durent, et les enjeux tiennent dans un caillou de rien du tout. C’est exactement ce que les enfants de 1977 avaient compris sans qu’on le leur dise : un pacte secret entre deux solitudes vaut tous les trésors du monde. La série est présentée sur le site officiel de la télévision suédoise SVT.





