Les Têtes brûlées (Baa Baa Black Sheep) – 1976
Les Têtes brûlées est la série qui a appris le mot « Corsair » à toute une génération de téléspectateurs français, entre le vrombissement des moteurs et la voix rocailleuse de Robert Conrad. Créée par Stephen J. Cannell pour NBC d’après les mémoires d’un authentique as de l’aviation, Les Têtes brûlées (Baa Baa Black Sheep) est une série de guerre américaine sortie en 1976.
Les Têtes brûlées : fiche technique
Titre original : Baa Baa Black Sheep, rebaptisée Black Sheep Squadron à partir de la deuxième saison
Création : Stephen J. Cannell, d’après les mémoires Baa Baa Black Sheep de Gregory Boyington (1958)
Production : Universal Television et Stephen J. Cannell Productions
Musique : Mike Post et Pete Carpenter
Format : 2 saisons, un pilote de 94 minutes et 35 épisodes d’environ 48 minutes, en couleur
Distribution : Robert Conrad (major Greg « Pappy » Boyington), Dana Elcar (colonel Thomas Lard), Simon Oakland (général Thomas Moore), James Whitmore Jr. (capitaine James Gutterman), Robert Ginty (lieutenant T.J. Wiley), John Larroquette (lieutenant Bob Anderson), Dirk Blocker (lieutenant Jerry Bragg), W. K. Stratton (lieutenant Lawrence Casey), Jeff MacKay (lieutenant Don French), Larry Manetti (lieutenant Bob Boyle), Red West (sergent Andy Micklin)
Voix françaises : Jacques Thébault (Robert Conrad), Jacques Deschamps (Dana Elcar), Alain Dorval (Red West)
Diffusion américaine : NBC, du 23 septembre 1976 au 6 avril 1978
Diffusion française : Antenne 2, du 27 mars 1977 au 9 décembre 1979

Pappy Boyington, l’homme qui a inspiré Les Têtes brûlées
Derrière Les Têtes brûlées se cache un personnage que la fiction aurait eu du mal à inventer. Gregory Boyington, né en 1912 dans l’Idaho, pilote du corps des Marines, s’engage en 1941 chez les Tigres volants, ces aviateurs américains venus défendre la Chine avant même l’entrée en guerre des États-Unis.
De retour sous l’uniforme américain, il prend en septembre 1943 la tête de l’escadron VMF-214 dans les Salomon, une unité recomposée à la hâte que ses hommes surnomment les Black Sheep, les moutons noirs. À trente et un ans, il est le vétéran de la bande : d’où le surnom de Pappy, le paternel.
Vingt-huit victoires revendiquées, la Medal of Honor, et une fin de campagne brutale : abattu le 3 janvier 1944 au-dessus de Rabaul, Boyington passe vingt mois dans les camps japonais avant d’être libéré en août 1945. Il raconte tout cela en 1958 dans un livre de souvenirs, Baa Baa Black Sheep, que Stephen J. Cannell transforme en série près de vingt ans plus tard. Engagé comme conseiller technique, l’intéressé ne mâchera pas ses mots sur le résultat, qu’il résumait volontiers à un assemblage d’inexactitudes et de « foutaises hollywoodiennes ».
Les Têtes brûlées assume en effet sa part de romanesque, quitte à prendre de larges libertés avec la chronologie réelle du Pacifique.

Synopsis : Les Têtes brûlées, une escadrille de marginaux
Les Têtes brûlées se déroule en 1943 sur l’île fictive de Vella La Cava, dans le Pacifique Sud, où le major Boyington doit monter de toutes pièces une escadrille de chasse. Faute de pilotes disponibles, il racle les fonds de tiroir de l’armée : des indisciplinés, des punis, des cabossés que personne ne veut, et des Corsair récupérés au prix de quelques arrangements avec le règlement. Le tout sous l’œil exaspéré du colonel Lard, bureaucrate en uniforme, et du général Moore, qui couvre son vieux camarade tant que les résultats suivent.
Chaque épisode mêle une mission aérienne, une combine pour contourner la hiérarchie et un morceau de vie de baraquement : poker, whisky de contrebande, bagarres et réconciliations. La deuxième saison ajoute à ce décor quatre infirmières militaires, dont Nancy Conrad, fille de la vedette, et Brianne Leary, ainsi qu’un pilote de seize ans. Le ton se fait alors plus léger, plus feuilletonesque, et Les Têtes brûlées glisse vers la comédie d’aventures sans jamais renoncer à ses combats aériens.

Les Corsair, véritables vedettes de la série
Ce qui frappe encore aujourd’hui, c’est que les avions sont vrais. Universal a loué des Chance Vought F4U Corsair à des collectionneurs privés, ces chasseurs reconnaissables entre mille à leur aile en W inversé et à leur long capot moteur. Les Zéros japonais, eux, sont des North American T-6 Texan d’entraînement maquillés pour la circonstance, un trucage classique du cinéma de guerre que l’œil averti repère sans peine.
Pour filmer les combats, la production installe des caméras sur les casques des pilotes, un dispositif inédit à la télévision de l’époque qui offre des points de vue impossibles à obtenir autrement. Les scènes aériennes sont tournées au-dessus des îles du Canal, en Californie du Sud, et sur l’aérodrome d’Indian Dunes à Valencia, où le décor de Vella La Cava a été planté. Les puristes relèveront tout de même quelques licences, comme ces séquences d’appontage empruntées à un porte-avions moderne à piste oblique, inconnu en 1943.
Les Têtes brûlées sur Antenne 2, rendez-vous des dimanches français
Aux États-Unis, la série démarre le 23 septembre 1976 sur NBC, à un jour près en même temps qu’une autre nouveauté promise à la postérité, Drôles de dames : la saison 1976 aura décidément été généreuse. Les audiences, elles, sont moins tendres, et NBC annule Les Têtes brûlées au bout d’une saison, avant de la rappeler en catastrophe quand le programme censé la remplacer s’effondre. La série revient donc en cours d’année sous un nouveau titre, Black Sheep Squadron, avec Donald Bellisario parmi les producteurs, et s’achève le 6 avril 1978.
En France, le destin est tout autre. Antenne 2 lance Les Têtes brûlées le 27 mars 1977 et la programme jusqu’au 9 décembre 1979. Le succès est immédiat : le public français, peu familier du théâtre d’opérations du Pacifique, découvre là un mélange irrésistible d’exotisme insulaire, d’insolence militaire et d’aviation à hélice. Le texte d’ouverture, martelé par la voix française de Jacques Thébault, reste gravé dans les mémoires : une escadrille de marginaux et d’aventuriers qui devinrent les terreurs du Pacifique Sud.
Les rediffusions feront le reste, sur M6 pendant les années 1990, puis sur Série Club, 13e Rue, RTL9, NT1 et Paris Première.

Les Têtes brûlées, un classique intemporel
Quarante-cinq ans plus tard, Les Têtes brûlées occupe une place à part dans la mémoire télévisuelle française, quelque part entre le film de guerre du dimanche après-midi et la série d’aventures à héros bourru. Elle a aussi servi de rampe de lancement à toute une génération d’acteurs : John Larroquette deviendra une figure de la comédie américaine, tandis que Larry Manetti et Jeff MacKay retrouveront Donald Bellisario quelques années plus tard sous le soleil de Hawaï, dans Magnum.
La série a eu droit à ses adaptations en bandes dessinées chez Zéphyr Éditions, sous la plume de Pierre Veys, et à une réédition française en DVD et Blu-ray remasterisés chez Elephant Films, qui lui a rendu ses couleurs saturées d’origine. Quant à Robert Conrad, disparu le 8 février 2020, il restera pour beaucoup ce Pappy au sourire en coin, casquette en arrière et cigare au bec. La fiche complète de la série est consultable sur sa page officielle IMDb.





