Drôles de dames – 1976
Drôles de dames est la série policière américaine créée par Ivan Goff et Ben Roberts pour ABC, produite par Aaron Spelling et Leonard Goldberg. Trois enquêtrices, un patron que personne ne voit jamais et une voix qui sort d’un haut-parleur : Drôles de dames a fait son apparition sur les écrans américains en 1976.
Drôles de dames : fiche technique
Titre original : Charlie’s Angels
Création : Ivan Goff et Ben Roberts
Production : Spelling-Goldberg Productions pour ABC
Musique du générique : Jack Elliott et Allyn Ferguson
Avec : Kate Jackson (Sabrina Duncan), Farrah Fawcett (Jill Munroe), Jaclyn Smith (Kelly Garrett), puis Cheryl Ladd (Kris Munroe), Shelley Hack (Tiffany Welles) et Tanya Roberts (Julie Rogers)
Également : David Doyle (John Bosley) et John Forsythe (la voix de Charlie Townsend)
Format : un pilote de 74 minutes, puis cent quinze épisodes d’une cinquantaine de minutes répartis sur cinq saisons
Diffusion américaine : sur ABC, du 22 septembre 1976 au 24 juin 1981
Diffusion française : sur Antenne 2, à partir du 8 janvier 1978

Synopsis : trois enquêtrices pour un patron invisible
Drôles de dames part d’une injustice de carrière que le générique résume en trente secondes. Sabrina Duncan, Jill Munroe et Kelly Garrett sortent de l’école de police de Los Angeles et se retrouvent affectées à la circulation, au standard téléphonique et aux missions les plus ingrates. Un certain Charlie Townsend les recrute alors pour son agence de détectives privés, et les trois recrues passent de la contravention au grand banditisme.
Le dispositif de Drôles de dames tient en une trouvaille : Charlie ne se montre jamais. Il donne ses instructions par téléphone, depuis un yacht ou une plage lointaine, et délègue l’intendance à John Bosley, comptable dévoué et maladroit interprété par David Doyle. Chaque épisode envoie les trois enquêtrices en infiltration, tour à tour hôtesses de l’air, danseuses, mannequins ou détenues. Le format du détective privé de Los Angeles, qu’Aaron Spelling exploitera encore quelques années plus tard avec Matt Houston, trouve ici sa formule la plus efficace, avec l’humour et le glamour en supplément.

Drôles de dames, des Alley Cats aux anges de Charlie
Le projet s’appelle d’abord The Alley Cats et met en scène trois héroïnes prénommées Allison, Lee et Catherine. Kate Jackson, première actrice engagée, déteste ce titre. En apercevant un tableau représentant des anges dans le bureau d’Aaron Spelling, elle suggère le mot « Angels », et la série devient Harry’s Angels, puis Charlie’s Angels pour éviter la confusion avec Harry O, déjà à l’antenne. ABC avait retoqué le concept une première fois : c’est Fred Silverman, nouveau patron des programmes, qui lui offre sa seconde chance.
La voix de Charlie tient elle aussi du hasard. Gig Young, choisi pour le rôle, se présente en studio trop éméché pour lire son texte. Spelling appelle John Forsythe en pleine nuit, qui enregistre ses répliques le lendemain matin et gardera le rôle pendant cinq ans sans jamais apparaître à l’image. Le patronyme de Bosley, lui, est un clin d’œil à l’acteur Tom Bosley, que David Doyle croisait sans cesse dans les couloirs des studios. En France, ces voix deviendront celles de Jean Berger pour Charlie et de Philippe Dumat pour Bosley.

Le générique de Drôles de dames et le phénomène Farrah Fawcett
Le générique de Drôles de dames, signé Jack Elliott et Allyn Ferguson, s’ouvre sur un riff de guitare cousin de celui que Benny Goodman et Charlie Christian font entendre à la fin de Six Appeal. Sur ces quelques mesures défilent les portraits des trois héroïnes, un stand de tir, une voiture lancée à pleine vitesse, et la narration de John Forsythe expose la situation en une phrase devenue culte. Il faudra dix ans à la télévision américaine pour trouver un générique aussi identifiable au premier accord.
Le succès est immédiat : cinquième au classement Nielsen dès la première saison, quatrième la suivante. Il transforme surtout Farrah Fawcett en icône planétaire. Son poster en maillot de bain rouge, tiré en 1976, s’écoule à douze millions d’exemplaires et devient l’affiche la plus vendue de l’histoire ; le maillot, dessiné par Norma Kamali, est entré au Smithsonian en 2011. L’actrice quitte pourtant Drôles de dames dès la fin de la première saison, en mai 1977. Le litige avec la production se règle par un accord : elle est libérée de son contrat de cinq ans contre six apparitions en invitée. Cheryl Ladd la remplace dans le rôle de Kris Munroe, la petite sœur de Jill.

Le rôle que Kate Jackson n’a pas pu tourner
Kate Jackson, seule des trois à décrocher trois nominations aux Emmy Awards pour la série, se voit proposer en 1978 le rôle de Joanna Kramer dans Kramer contre Kramer. La production de Drôles de dames refuse le moindre aménagement de planning et l’actrice doit renoncer. Le rôle revient à Meryl Streep, qui obtiendra l’Oscar. Kate Jackson quitte l’agence Townsend à la fin de la troisième saison, lassée par des scénarios qu’elle juge en baisse de qualité.
La valse des anges commence alors : Shelley Hack incarne Tiffany Welles en quatrième saison, Tanya Roberts reprend le flambeau en cinquième avec Julie Rogers. Les audiences déclinent, de la douzième à la vingtième place, puis bien au-delà. Seule Jaclyn Smith traverse les cinq saisons dans le rôle de Kelly Garrett. ABC arrête Drôles de dames en juin 1981, après cent quinze épisodes et une flopée d’invités qui deviendront célèbres, de Tom Selleck à Kim Basinger, de Jamie Lee Curtis à Timothy Dalton.

Drôles de dames, un classique intemporel des seventies
Drôles de dames a nourri un débat qui ne s’est jamais refermé. La critique américaine l’a rangée dans la « jiggle TV », ce sous-genre accusé de miser sur le physique de ses actrices plus que sur ses intrigues, et Farrah Fawcett elle-même ironisait : quand l’émission était troisième, elle croyait au talent ; devenue première, elle soupçonnait l’absence de soutien-gorge. Jaclyn Smith défend au contraire une série pionnière, qui montrait chaque semaine trois femmes indépendantes, professionnelles et solidaires, à une époque où la télévision les cantonnait au foyer.
Diffusée en France sur Antenne 2 à partir de janvier 1978, avec les voix de Perrette Pradier, Béatrice Delfe et Évelyne Séléna, puis rediffusée sans relâche, Drôles de dames reste l’un des grands souvenirs télévisés des années 1970. Hollywood l’a relancée au cinéma avec McG en 2000 et 2003, John Forsythe reprenant sa voix de Charlie, puis avec Elizabeth Banks en 2019, sans oublier un remake télévisé écourté en 2011. Aucune de ces relectures n’a effacé l’original, dont la carrière est retracée sur la fiche de la Television Academy.





