AC/DC – Big Gun – 1993

AC/DC Big Gun, c’est un riff de plomb, une caisse claire qui claque comme une portière et Angus Young grimpé sur le dos d’Arnold Schwarzenegger. AC/DC Big Gun est le morceau que les Australiens ont offert à la bande originale de Last Action Hero, sorti en 1993.

AC/DC Big Gun : présentation du single

Le single paraît le 24 mai 1993 chez ATCO Records. Il est signé par les deux frères fondateurs du groupe, Angus Young et Malcolm Young, et produit par Rick Rubin. Le morceau ne figure sur aucun album studio du groupe : il est enregistré spécialement pour Last Action Hero: Music from the Original Motion Picture, la bande originale du film de John McTiernan publiée le 8 juin 1993 par Columbia Records aux côtés d’Alice in Chains, Megadeth, Def Leppard, Anthrax et Queensrÿche. En face B du 45 tours figure une version live de Back in Black.

La formation est alors celle du Razors Edge Tour : Brian Johnson au chant, Angus Young à la guitare solo, Malcolm Young à la guitare rythmique, Cliff Williams à la basse et Chris Slade à la batterie.

Le succès est immédiat sur les radios rock américaines : AC/DC Big Gun se hisse à la 1re place du classement Album Rock Tracks du Billboard, le tout premier numéro un du groupe à ce palmarès en vingt ans de carrière, et atteint la 65e place du Hot 100. Ailleurs, le titre culmine 3e en Nouvelle-Zélande, 4e en Finlande, 5e en Suisse et au Canada, 8e en Norvège, 11e en Suède, 14e en France, 17e à l’Eurochart Hot 100, 19e en Australie et 23e au Royaume-Uni. La bande originale, elle, grimpe jusqu’à la 7e place du Billboard 200 et décroche le disque de platine dès août 1993.

AC/DC Big Gun – pochette du single 1993

Vingt ans de haute tension, de Sydney aux stades du monde

Fondé à Sydney en novembre 1973 par Angus et Malcolm Young, deux frères nés à Glasgow et émigrés en Australie avec leur famille, AC/DC impose très vite une formule que rien ne fera bouger : deux guitares, un blues électrique poussé au maximum, un chanteur en surrégime et un uniforme d’écolier. Après les années Bon Scott, closes par Highway to Hell en 1979 et par la mort du chanteur en février 1980, le groupe recrute le Britannique Brian Johnson et publie Back in Black, l’un des albums les plus vendus de l’histoire.

Au début des années 1990, après une décennie en demi-teinte, The Razors Edge (1990) et son tube Thunderstruck remettent le groupe au sommet, dans une époque où le hard rock mélodique règne encore sur les stades, celle de Scorpions et de son Wind of Change. La tournée mondiale s’achève par le double live AC/DC Live en 1992. Le groupe est alors entre deux albums lorsque Hollywood vient frapper à sa porte.

AC/DC Big Gun, la rencontre avec Rick Rubin

Le producteur Rick Rubin, cofondateur de Def Jam, est un admirateur déclaré du groupe depuis l’adolescence. Il avait déjà transposé la recette australienne ailleurs : sur Licensed to Ill des Beastie Boys, qui empruntait un riff de Back in Black, et surtout sur Electric de The Cult en 1987, hommage à peine voilé au son des frères Young. Produire AC/DC Big Gun lui offre enfin la rencontre directe, et cette séance de 1993 servira de répétition générale à une collaboration plus ambitieuse : deux ans plus tard, Rick Rubin produira l’album Ballbreaker.

Musicalement, le morceau ne cherche aucune modernité : tempo lourd, riff bâti sur trois accords, refrain scandé et solo d’Angus Young en forme de rafale. Le titre joue sur le double sens de l’expression « big gun », la grosse artillerie et la grosse pointure, ce qui tombait à pic pour un film où Arnold Schwarzenegger se parodiait lui-même.

Le clip de AC/DC Big Gun : Angus Young sur le dos de Schwarzenegger

La vidéo est réalisée par David Mallet, complice de longue date du groupe et auteur de la plupart de ses clips depuis Who Made Who. Le principe est simple et redoutablement efficace : Arnold Schwarzenegger, dans le costume de Jack Slater, le flic de fiction de Last Action Hero, débarque sur la scène où joue le groupe. Il reçoit la casquette d’Angus Young, se retrouve aussitôt transformé en écolier, culotte courte, cravate et Gibson SG en bandoulière, et se lance dans un duel de canard sur scène avec le guitariste.

Le plan resté dans toutes les mémoires arrive un peu plus tard : Angus Young, dont la silhouette n’a jamais pesé bien lourd, saute sur le dos de l’acteur le plus musclé du cinéma américain et continue de jouer son solo pendant que celui-ci traverse le plateau. Diffusé en boucle sur MTV à l’été 1993, le clip de AC/DC Big Gun a largement contribué au succès radio du morceau.

AC/DC Big Gun – Arnold Schwarzenegger dans le clip – 1993

L’anecdote : un numéro un jamais joué sur scène

Voilà le paradoxe de ce morceau : premier numéro un du groupe au classement rock américain, il n’a pratiquement jamais été défendu en concert. AC/DC Big Gun n’a été interprété qu’une seule fois, lors des répétitions de la tournée de 1996, avant de disparaître définitivement des setlists. Le groupe, fidèle à son répertoire de scène, lui a toujours préféré ses classiques.

Autre détail que les fans connaissent bien : la chanson marque la dernière apparition du batteur Chris Slade avant son départ, le fondateur Phil Rudd retrouvant sa place derrière les fûts pour Ballbreaker. Enfin, en 1995, le titre est distingué aux APRA Music Awards australiens dans la catégorie de l’œuvre australienne la plus jouée à l’étranger.

AC/DC Big Gun, un classique intemporel

Le film Last Action Hero fut un échec commercial retentissant, écrasé cet été-là par Jurassic Park. Sa bande originale, elle, a survécu, et AC/DC Big Gun en reste la pièce maîtresse. Longtemps introuvable ailleurs que sur ce disque, le morceau a été réédité en 2009 dans le coffret Backtracks, qui rassemble les raretés du groupe, avant de rejoindre les plateformes de streaming.

Plus de trente ans plus tard, AC/DC Big Gun occupe une place à part dans la discographie : ni extrait d’album, ni face B oubliée, mais un morceau orphelin devenu culte, porté par une vidéo que personne n’a jamais réussi à oublier. Il suffit d’entendre les quatre premières mesures pour revoir un culturiste en uniforme d’écolier et se souvenir qu’en 1993, le rock savait encore rire de lui-même.

Toujours en activité, AC/DC continue de remplir les stades. Son actualité est à suivre sur le site officiel du groupe.

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