Fifi Brindacier (Pippi Långstrump) – 1969

Fifi Brindacier, c’est cette petite fille rousse de neuf ans qui soulève son cheval à bout de bras, vit seule dans une maison délabrée avec un singe et une valise pleine de pièces d’or, et n’obéit à strictement personne. Adaptée des romans d’Astrid Lindgren par le réalisateur Olle Hellbom, la série Fifi Brindacier est une coproduction suédo-allemande de treize épisodes, diffusée à partir de 1969.

Fifi Brindacier – 1969 : fiche technique

Titre original : Pippi Långstrump
Réalisation : Olle Hellbom
D’après : les romans d’Astrid Lindgren, qui signe elle-même les scénarios
Production : Nord Art AB, Sveriges Radio, Svensk Filmindustri, Beta Film, Iduna Film et Hessischer Rundfunk, producteur Olle Nordemar
Musique : Jan Johansson
Format : 13 épisodes de 24 minutes, en couleur
Tournage : île de Gotland, à Kneippbyn près de Visby

Distribution : Inger Nilsson (Fifi Brindacier), Pär Sundberg (Tommy Settergren), Maria Persson (Annika Settergren), Beppe Wolgers (le capitaine Efraim Långstrump), Margot Trooger (tante Persilla), Hans Clarin et Paul Esser (les deux cambrioleurs)
Voix françaises : doublage québécois, avec Nicole Fontaine (Fifi), Ève Gagnier (Annika), Luc Durand (le capitaine) et Claudine Chatel (tante Persilla)
Diffusion suédoise : SVT, du 8 février au 3 mai 1969
Diffusion québécoise : Radio-Canada, à partir du 9 septembre 1970
Diffusion française : première chaîne de l’ORTF, à partir du 1er avril 1971

Fifi Brindacier – Inger Nilsson et son singe Monsieur Dupont – 1969

Astrid Lindgren, l’inventrice de Fifi Brindacier

Le personnage naît en 1941 dans une chambre de malade. Clouée au lit par une pneumonie, la fille d’Astrid Lindgren, Karin, réclame une histoire et lance à sa mère un nom inventé sur le moment, Pippi Långstrump. Lindgren improvise, puis note ces récits et en tire un manuscrit qu’elle publie en 1945 chez Råben & Sjögren. Le livre fait scandale chez une partie des pédagogues suédois : cette enfant sans parents, sans école et sans respect pour l’autorité passe alors pour un mauvais exemple.

La France découvre le personnage en 1951, quand Hachette publie une traduction de Marie Loewegren intitulée Mademoiselle Brindacier, allégée et adoucie par rapport au texte suédois. Il faudra attendre la retraduction d’Alain Gnaedig, en 1995, pour lire enfin Fifi Brindacier telle que son auteure l’avait écrite. Les livres d’Astrid Lindgren sont aujourd’hui traduits dans plus de soixante-dix langues.

Inger Nilsson, neuf ans, entre dans la peau de Fifi Brindacier

Quand le tournage commence en 1968, Inger Nilsson a neuf ans. Née le 4 mai 1959 à Kisa, dans cette même province d’Östergötland dont Astrid Lindgren est originaire, elle passe les essais parmi des dizaines de candidates et repart avec le rôle, les nattes raidies au fil de fer et les taches de rousseur dessinées au maquillage. Sa démarche cabotine et sa voix ruée ont fixé pour toujours l’image du personnage.

Toute la série est tournée sur l’île de Gotland, à Kneippbyn, aux portes de Visby. La villa Villekulla bâtie pour l’occasion n’a jamais été démontée : elle est devenue le cœur d’un parc de loisirs que des familles entières visitent encore chaque été. Après l’aventure, Inger Nilsson a longtemps peiné à se détacher de Fifi Brindacier, travaillant comme secrétaire avant de revenir au théâtre puis à la télévision, notamment dans la série germano-suédoise Le commissaire et la mer à partir de 2007.

Fifi Brindacier – Inger Nilsson et Beppe Wolgers, le capitaine Efraim – 1969

Le générique de Fifi Brindacier et la musique de Jan Johansson

La chanson du générique, Här kommer Pippi Långstrump, est l’autre signature de la série. La musique est de Jan Johansson, pianiste de jazz suédois dont l’album Jazz på svenska, paru en 1964, reste le disque de jazz le plus vendu de l’histoire du pays avec plus de 400 000 exemplaires. Les paroles, elles, sont d’Astrid Lindgren en personne, ce qui explique leur ton de comptine insolente, parfaitement accordé au personnage.

Jan Johansson n’a jamais vu le résultat à l’antenne : il meurt dans un accident de voiture près de Sollentuna le 9 novembre 1968, à trente-sept ans, quelques semaines avant la première diffusion. Son compagnon de route Georg Riedel, contrebassiste et complice de ses disques, poursuivra le travail sur les films tirés de la série. D’un pays à l’autre, la mélodie n’a jamais changé, seules les paroles ont été traduites : c’est pourquoi le générique de Fifi Brindacier se reconnaît à la première mesure partout en Europe.

Fifi Brindacier – Fifi et Monsieur Dupont dans la villa Villekulla – 1969

Fifi Brindacier sur la première chaîne de l’ORTF

La Suède découvre la série du 8 février au 3 mai 1969 sur SVT, à raison d’un épisode par semaine. Le Québec suit dès le 9 septembre 1970 sur Radio-Canada, avec ce doublage qui restera celui de toute la francophonie, et la France ouvre le bal le 1er avril 1971 sur la première chaîne de l’ORTF. Les rediffusions se succéderont ensuite pendant des décennies, jusqu’à Ma Planète en 2005 et Boing en 2012.

Fifi Brindacier ouvre alors la voie à toute une famille de programmes scandinaves et germaniques pour la jeunesse, tournés en extérieur, sans studio ni effets, où des enfants livrés à eux-mêmes mènent la danse : la Suède d’Astrid Lindgren encore avec La Pierre Blanche, ou l’Europe centrale et ses gamins des rues avec Zora la rousse. Une télévision pour enfants qui ne prenait pas ses spectateurs pour des imbéciles.

Fifi Brindacier – Inger Nilsson dans le rôle de Fifi – 1969

Fifi Brindacier, un classique intemporel

Dès 1969, les treize épisodes sont remontés pour le cinéma : deux longs métrages de 94 et 99 minutes sortent en salles, suivis d’autres aventures tournées dans la foulée avec la même équipe. L’Allemagne en tire de son côté une version découpée en vingt et un épisodes. Le personnage n’a plus quitté les écrans : un film américano-suédois en 1988, une série d’animation en 1997, et le rachat des droits audiovisuels par le groupe Studio 100 en 2008.

Ce qui frappe, en revoyant la série aujourd’hui, c’est son étonnante modernité : une héroïne qui décide de tout, ridiculise les adultes autoritaires, distribue ses pièces d’or sans compter et préfère la liberté à la bonne éducation. Fifi Brindacier reste le plus solide des symboles d’enfance indépendante, et sa villa Villekulla un lieu de pèlerinage pour ceux qui ont grandi devant elle. Le catalogue complet de l’œuvre est présenté sur le site officiel d’Astrid Lindgren.

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