Princesse Sarah – 1985

Princesse Sarah est l’adaptation animée du roman de Frances Hodgson Burnett réalisée par le studio japonais Nippon Animation : quarante-six épisodes dans un pensionnat londonien de l’époque victorienne, une héritière ruinée du jour au lendemain, un grenier glacé et un générique que personne n’a oublié. Onzième chapitre du World Masterpiece Theater, Princesse Sarah est arrivée sur les écrans japonais de Fuji TV en 1985.

Princesse Sarah : fiche technique

Titre original : Shôkôjo Sêra (小公女セーラ)
Studio : Nippon Animation
Réalisation : Fumio Kurokawa
Character design : Toshitsugu Saida
Musique : Yasuo Higuchi
D’après : A Little Princess (1905) de Frances Hodgson Burnett, développé à partir de la nouvelle Sara Crewe (1888)
Format : 46 épisodes de 26 minutes
Diffusion japonaise : Fuji TV, du 6 janvier au 29 décembre 1985, le dimanche soir
Voix japonaise de Sarah : Sumi Shimamoto
Diffusion française : La Cinq, à partir du 1er mars 1987, dans Youpi ! L’école est finie
Générique français : Princesse Sarah, par Claude Lombard
Direction du doublage : Dominique Bailly (studio SIMO)

Princesse Sarah – Sarah et sa poupée Émilie – dessin animé 1985

Synopsis : de l’héritière à la servante du grenier

Princesse Sarah se déroule dans le Londres victorien des années 1880. Sarah Crewe arrive des Indes, où son père, le capitaine Ralph Crewe, a bâti une fortune considérable. Il l’inscrit au pensionnat de Mademoiselle Mangin, qui l’installe dans la plus belle chambre de la maison, lui laisse sa servante Mariette et la présente à toutes les visites comme son élève d’honneur. Sarah a sa poupée Émilie, des robes neuves et un poney.

Tout bascule le jour de son anniversaire. Une lettre annonce la mort du capitaine Crewe, ruiné par des mines de diamants qui n’ont rien donné. En quelques minutes, la pensionnaire modèle devient une bonne à tout faire, reléguée dans un grenier glacé, privée de repas, chargée du charbon et des courses. Mademoiselle Mangin se venge de ses propres courbettes, Lavinia savoure sa revanche, et seules la petite servante Becky, la timide Ermengarde et la turbulente Lottie restent à ses côtés. Sarah, elle, tient une ligne de conduite qui fait tout le sel de la série : même en haillons, une princesse reste une princesse.

Princesse Sarah – Mademoiselle Mangin – dessin animé 1985

Princesse Sarah, onzième chapitre du World Masterpiece Theater

Depuis 1975, Nippon Animation adapte chaque année un grand roman de la littérature mondiale pour la case du dimanche soir de Fuji TV : c’est le Sekai Meisaku Gekijô, le World Masterpiece Theater, la collection qui a donné Heidi, Marco ou Tom Sawyer. Princesse Sarah en est la onzième saison, et l’une des plus sombres.

Le roman de Frances Hodgson Burnett s’attarde peu sur le quotidien de son héroïne une fois la fortune envolée. Fumio Kurokawa et ses scénaristes font l’inverse : ils étirent la chute sur des dizaines d’épisodes, documentent les humiliations, filment le froid, la faim et la fatigue avec un réalisme presque dickensien. Les décors du pensionnat sont travaillés jusqu’au papier peint, les visages dessinés par Toshitsugu Saida refusent la joliesse, et la partition de Yasuo Higuchi, cordes retenues et piano solitaire, souligne la mélancolie plutôt que le pathos. Princesse Sarah passe ainsi pour l’une des séries les plus tristes jamais produites pour la jeunesse, aux côtés de Rémi sans famille et du Chien des Flandres.

Princesse Sarah – Becky et Sarah – dessin animé 1985

Le générique français de Princesse Sarah, par Claude Lombard

En France, Princesse Sarah débarque le 1er mars 1987 sur La Cinq, dans Youpi ! L’école est finie, dont elle devient l’un des tout premiers piliers. La chaîne puise alors largement dans le catalogue italien de ses actionnaires : la série avait triomphé en Italie dès février 1986 sous le titre Lovely Sara, portée par un générique de Cristina D’Avena.

C’est cette mélodie italienne, et non le générique japonais d’origine chanté par Sumi Shimamoto, que les enfants français ont retenue. La version hexagonale est confiée à Claude Lombard, chanteuse belge devenue la voix de dizaines de génériques de la chaîne. Orchestration ample, refrain immédiat, interprétation à la fois claire et grave : le générique de Princesse Sarah appartient à la même famille que celui de Candy, autre orpheline japonaise dont le malheur se chantait sur un air joyeux.

Princesse Sarah – Becky, la petite servante – dessin animé 1985

Le grenier, la poupée Émilie et le miracle de Ram Dass

Le doublage français a beaucoup fait pour l’attachement du public. Dirigé par Dominique Bailly au studio SIMO, il confie Sarah à Barbara Tissier, alors toute jeune comédienne, et Mademoiselle Mangin à Jocelyne Darche, dont le timbre pincé a durablement incarné la méchanceté ordinaire pour toute une génération. Raphaëlle Schacher prête sa voix à Lavinia.

Reste la scène que tout le monde cite : la nuit où Sarah, transie et affamée, s’endort dans son grenier et se réveille devant un feu allumé, une table dressée et des couvertures neuves. Le miracle vient du voisin, M. Carrisford, et de son serviteur indien Ram Dass, qui passe par les toits. L’homme cherche depuis des mois la fille de son associé disparu : les fameuses mines de diamants ont finalement livré leur fortune, et Sarah en est l’unique héritière. Le dernier épisode, « Au revoir Sarah », la voit offrir cent mille livres au pensionnat, emmener Becky avec elle comme demoiselle de compagnie et financer une boulangerie pour les enfants des rues avant de repartir pour les Indes.

Princesse Sarah – dessin animé 1985

Princesse Sarah, un classique intemporel du dessin animé

Après La Cinq, la série a enchaîné les rediffusions sur TF1, France 3, France 5 et Gulli, avant de réapparaître sur les plateformes de streaming. Au Japon, les téléspectateurs de TV Asahi l’ont classée parmi les cent meilleures séries animées de tous les temps. Aux Philippines, son succès a même engendré un film en prises de vues réelles en 1995, puis une série télévisée en 2007.

Quarante ans après sa première diffusion, Princesse Sarah continue de diviser ceux qui l’ont vue enfants : les uns y voient une leçon de dignité, les autres se souviennent surtout d’avoir pleuré devant un dessin animé du goûter. Les deux ont raison, et c’est bien ce qui fait de Princesse Sarah un classique intemporel. Le catalogue du studio reste consultable sur le site officiel de Nippon Animation.

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