Madame Pepperpote – 1983
Madame Pepperpote, c’est cette gentille fermière aux joues rondes qui, à cause d’une petite cuillère magique pendue à son cou, rétrécit sans prévenir jusqu’à la taille d’une souris. Née des contes de l’écrivain norvégien Alf Prøysen et animée au Japon, Madame Pepperpote a fait son apparition sur les écrans français à Noël 1984, sur TF1.
Madame Pepperpote : fiche technique
Titre original : Spoon Oba-san (Japon), Teskjekjerringa (Norvège)
D’après : les contes d’Alf Prøysen, parus en France sous le titre Mère Brimborion
Production : Studio Pierrot et Gakken, pour la chaîne publique japonaise NHK
Réalisation : Keiji Hayakawa, assisté de Yasuo Hasegawa
Création des personnages : Kôji Nanke
Musique originale : Tachio Akano
Format : 130 épisodes de 10 minutes, dont 65 doublés en français
Diffusion japonaise : du 4 avril 1983 au 9 mars 1984
Diffusion française : TF1, à partir du 21 décembre 1984, dans Destination Noël
Voix françaises : Jane Val (Madame Pepperpote), Francis Lax (Monsieur Pepperpote), Séverine Morisot (Lily), doublage au studio SOFI
Générique français : Madame Pepperpote, chanté par Cynthia, 45 tours chez Carrère (1986)

Madame Pepperpote, née sous la plume d’Alf Prøysen
Avant d’être un dessin animé, Madame Pepperpote est une héroïne de la littérature enfantine scandinave. Son créateur, Alf Prøysen, né en 1914 dans un petit village de la région de Ringsaker, en Norvège, et mort en 1970, est l’une des figures les plus aimées de la culture populaire de son pays : poète, romancier, chanteur de ballades, il est aussi une voix familière de la radio publique norvégienne, où il anime des émissions pour les tout-petits.
Le premier recueil paraît en 1956 en Suède, puis en 1957 en Norvège, sous le titre Teskjekjerringa, littéralement « la bonne femme petite cuillère ». Illustrés par Borghild Rud, les livres se succèdent jusqu’en 1970 et font le tour du monde. La télévision suédoise en tire un feuilleton de Noël dès 1967. Au début des années 80, c’est le Japon qui s’empare du personnage : Studio Pierrot, jeune studio fondé en 1979, confie la série à Keiji Hayakawa, déjà réalisateur de Belle et Sébastien. Comme Maya l’abeille avant elle, l’héroïne européenne prend alors les traits de l’animation japonaise.
Une petite cuillère et de grandes aventures
Madame Pepperpote mène une vie paisible dans une ferme, au milieu des prés et des bois, avec son mari et ses animaux. Tout irait pour le mieux sans cette petite cuillère magique qu’elle porte en pendentif : à n’importe quel moment, sans crier gare, elle la fait rétrécir jusqu’à la taille d’une cuillère à café. Et toujours au plus mauvais moment, quand il faut préparer le repas, cueillir des fraises ou recevoir une visite.
Chaque épisode transforme alors le quotidien en expédition. Minuscule, Madame Pepperpote doit se débrouiller dans un monde devenu gigantesque, où une flaque ressemble à un lac et un chat à un fauve. Elle peut heureusement compter sur les animaux de la forêt, qui comprennent son langage quand elle est petite, sur une famille de souris voisines et surtout sur Lily, une fillette espiègle, la seule personne à connaître son secret. Son mari, lui, ne se doute de rien, ce qui donne lieu à des quiproquos savoureux.

Madame Pepperpote, un générique arrivé en 1986
Curiosité de l’histoire : lors de ses premières diffusions françaises, Madame Pepperpote s’ouvre sur un simple générique instrumental. Il faut attendre 1986 pour que la série reçoive sa chanson. Le producteur Yves El Baze en écrit les paroles avec son frère Gérard, tandis que la musique est signée Jean-Pierre Ducos et Janice Mabry. Le 45 tours sort chez Carrère.
Sur la pochette, l’interprète s’appelle Cynthia. Derrière ce pseudonyme se cache en réalité Janice Mabry, chanteuse américaine installée en France et voix du groupe Ho Saï : le producteur a préféré séparer ce travail pour la jeunesse de sa carrière principale. Les chœurs enfantins qui répondent à la chanteuse sont ceux de Jessica et Audrey, les deux filles de Jean-Pierre Ducos, alors âgées d’environ huit et dix ans, dont les voix ont été doublées pour sonner plus fort.
Le rendez-vous des vacances sur TF1
En France, Madame Pepperpote débarque en plein cadeau de Noël : le 21 décembre 1984, TF1 la programme dans Destination Noël, pendant les vacances scolaires. La série devient ensuite un pilier des émissions jeunesse de la chaîne, de Vitamine à Croque-Vacances, jusqu’à l’arrivée du Club Dorothée en 1987. Son format court, dix minutes à peine, en fait l’intermède idéal entre deux dessins animés plus longs.
Pour les enfants de l’époque, la magie opère immédiatement. Qui n’a pas rêvé, en regardant Madame Pepperpote, de devenir soi-même minuscule pour se glisser dans un terrier ou voyager sur le dos d’un oiseau ? La série sera aussi diffusée sur Canal J, et au Québec sur Radio-Canada puis Canal Famille, ce qui explique qu’elle réveille des souvenirs des deux côtés de l’Atlantique.

Madame Pepperpote, un classique intemporel du dessin animé
Plus discrète que d’autres séries de la même époque, Madame Pepperpote n’a jamais quitté le cœur de ceux qui l’ont découverte enfants. Sur les forums et les sites de souvenirs, beaucoup la cherchent encore à partir d’une image floue : une vieille dame qui rapetisse, des fraises géantes, des animaux qui repeignent sa maison. En 2022, l’éditeur américain Discotek Media a même publié l’intégrale de Spoon Oba-san en Blu-ray, preuve que la série garde ses fidèles bien au-delà du Japon.
En Norvège, le personnage reste un trésor national, et la mémoire d’Alf Prøysen est entretenue dans sa région natale. Tendresse, humour et débrouillardise : les petites leçons de Madame Pepperpote, qui apprend chaque fois qu’on n’a pas besoin d’être grand pour se tirer d’affaire, n’ont pas pris une ride, ce qui en fait un classique intemporel. L’univers de l’auteur se découvre sur le site officiel de la maison Prøysen.





