Albator, le corsaire de l’espace – 1980
Albator le corsaire de l’espace est la série d’animation japonaise adaptée du manga de Leiji Matsumoto et réalisée par Rintarō pour Toei Animation, diffusée pour la première fois en France en 1980. Balafre sur l’œil, cape noire et pavillon à tête de mort flottant au-dessus des étoiles : le pirate le plus romantique de la science-fiction a marqué durablement les enfants de Récré A2.
Albator, le corsaire de l’espace : fiche technique
Titre original : Uchū Kaizoku Captain Harlock
Œuvre d’origine : le manga de Leiji Matsumoto
Studio : Toei Animation
Réalisation : Rintarō
Format : 42 épisodes de 24 minutes
Diffusion japonaise : sur TV Asahi, du 14 mars 1978 au 13 février 1979
Première diffusion française : le 7 janvier 1980 sur Antenne 2, dans Récré A2
Générique français : musique d’Éric Charden, paroles de Didier Barbelivien
Voix françaises : Richard Darbois (Albator), Claude Chantal (Nausicaa), Thierry Bourdon (Ramis), Pierre Garin (Vilak)

Synopsis
Nous sommes en 2977. La Terre s’est endormie dans le confort : les gouvernants jouent au golf pendant que la population regarde la télévision, et plus personne ne lève les yeux vers le ciel. Personne, sauf Albator. Déclaré hors-la-loi, le capitaine a fait de son vaisseau, l’Atlantis, le dernier refuge des hommes libres. Autour de lui, l’ingénieur Toshiro, la belle Nausicaa, l’énigmatique Clio, le jeune Ramis, orphelin recueilli à bord, et tout un équipage de rebelles. Quand des sphères végétales venues d’ailleurs commencent à s’abattre sur la planète, seul l’équipage de l’Atlantis comprend la vérité : les Sylvidres, un peuple de femmes-plantes, ont entrepris de coloniser la Terre. Les autorités préfèrent accuser le pirate. Albator devra sauver un monde qui le déteste.
7 janvier 1980 : un pirate succède au robot
Après le raz-de-marée Goldorak, Antenne 2 cherche la relève. C’est Dorothée qui, le 19 décembre 1979, annonce aux téléspectateurs de Récré A2 l’arrivée d’un nouveau héros. Le 7 janvier 1980, Albator le corsaire de l’espace prend l’antenne, le lundi en fin d’après-midi. Le ton, pourtant, n’a rien à voir avec celui de son prédécesseur : pas de combats de robots hebdomadaires ici, mais un feuilleton crépusculaire, lent, traversé de silences et de longues contemplations spatiales.
Cette gravité désarçonne autant qu’elle fascine. Les enfants de 1980 découvrent un héros qui doute, des personnages qui meurent pour de bon et une Terre présentée comme lâche et corrompue. Rares sont les dessins animés de l’époque à avoir osé cela à 18 heures.

Leiji Matsumoto, le romantisme des étoiles
Leiji Matsumoto avait imaginé son corsaire dès les années 1970, avant de lui consacrer un manga en 1977. Enfant de la guerre, fils d’un pilote de l’armée impériale, il transpose dans l’espace l’imagerie des navires et des batailles navales : l’Atlantis est un galion à la proue de métal, avec sa figure de proue et son grand pavillon noir. Le nom original du bâtiment, Arcadia, dit assez le programme, celui d’un idéal perdu que l’on cherche entre les étoiles.
À la réalisation, Rintarō, futur metteur en scène de Metropolis, impose une mise en images très picturale, presque immobile par moments, servie par la musique de Seiji Yokoyama. L’ensemble de l’œuvre de Matsumoto, de Galaxy Express 999 à Queen Emeraldas, forme un même univers dans lequel les personnages se croisent d’une série à l’autre.
Le générique français et les trois épisodes fantômes
Comme pour la plupart des séries japonaises de l’époque, les thèmes musicaux ont été entièrement refaits en France. Le générique d’Albator le corsaire de l’espace est composé par Éric Charden sur des paroles de Didier Barbelivien, et plusieurs interprétations ont circulé, notamment celles de Jean-Pierre Savelli, de Michel Barouille et de Noam. Côté doublage, la voix grave de Richard Darbois, alors tout jeune comédien arrivé du Québec, a définitivement fixé le personnage dans l’imaginaire francophone.
Une anecdote a longtemps frustré les fidèles : sur les 42 épisodes de la série, seuls 39 furent diffusés lors de la première programmation française. Le dénouement resta invisible pendant près de vingt ans, jusqu’à ce que les trois derniers épisodes soient enfin proposés en 1999, sur France 3, dans l’émission Génération Albator. Toute une génération aura donc grandi sans connaître la fin de l’histoire.

Un classique intemporel du space opera
Le personnage n’a jamais quitté l’affiche. La série de 1980 a été suivie en France par Albator 84, tandis que le cinéma s’emparait du corsaire dès 1982 avec Albator, le corsaire de l’espace : l’Atlantis de ma jeunesse, puis en 2013 avec un long métrage en images de synthèse réalisé par Shinji Aramaki. Leiji Matsumoto, lui, a vu son style traverser les frontières de l’animation : le groupe Daft Punk lui a confié en 2003 l’animation intégrale de son album Discovery, devenu le film Interstella 5555.
Le sillon du pirate de l’espace, lui, sera repris cinq ans plus tard par Cobra, aventurier autrement plus goguenard, qui prendra le contre-pied exact de la mélancolie du corsaire. Reste, pour ceux qui avaient dix ans en 1980, une silhouette et une idée. Celle d’un homme seul à la barre, qui préfère l’exil au confort, et qui se bat pour une planète endormie plutôt que contre elle. Quarante-cinq ans plus tard, Albator le corsaire de l’espace tient encore le cap. Le studio qui l’a porté à l’écran présente son catalogue sur le site officiel de Toei Animation.



