Wattoo Wattoo – 1978
Wattoo Wattoo est la série d’animation écologique imaginée par Hubert Ballay et réalisée par René Borg : un oiseau venu d’une planète cubique qui descend sur Terre réparer les bêtises des Zwas. Pas une ligne de dialogue, seulement des bruitages, une musique entêtante et une leçon de choses en cinq minutes : Wattoo Wattoo est arrivé sur les écrans d’Antenne 2 en 1978.
Wattoo Wattoo : fiche technique
Titre complet : Wattoo Wattoo Super Bird
Création et scénario : Hubert Ballay, avec René Borg
Réalisation et direction d’animation : René Borg
Musique : Hubert Ballay
Générique chanté (1983) : Vol sidéral, par Sébastien et les Enfants d’Asnières
Voix off ajoutée aux rediffusions : Dorothée
Format : 60 épisodes de 5 minutes, fabriqués à Paris entre 1978 et 1979
Production : française à 100 %
Diffusion : Antenne 2, à partir du 6 juillet 1978, dans Récré A2

Synopsis : Wattoo Wattoo, les Zwas et la planète Auguste
Wattoo Wattoo raconte les visites d’un drôle d’oiseau blanc à houppette, mi-volatile mi-poisson, qui vit sur la planète Auguste, un monde cubique posé quelque part dans l’espace. De là-haut, il voit tout. Dès qu’un désordre apparaît sur Terre, il descend, se poste en observation et attend le moment de réparer.
Les fautifs sont toujours les mêmes : les Zwas, des oies blanches un peu bornées qui peuplent la Terre, cultivent leur jardin, promènent leurs Credos et accumulent les bêtises. Ils polluent la rivière, abattent les arbres, klaxonnent, bétonnent, mettent les animaux en cage. Alors Wattoo siffle. Des dizaines d’oiseaux identiques surgissent du ciel, se dupliquent, s’assemblent et se changent en outils, en machines ou en barrages, jusqu’à ce que la situation soit remise d’aplomb. La morale ne tombe jamais : elle se voit.

Wattoo Wattoo, une série 100 % française née d’un pilote primé
L’idée vient d’Hubert Ballay (1928-2013), ancien haut fonctionnaire devenu écrivain et compositeur, qui rêve d’une fable écologique pour les enfants. Il en confie la mise en images à son ami René Borg, un vétéran de l’animation française passé par le studio de Jean Image, l’animographe des Shadoks et Oum le dauphin blanc. Ballay avait d’abord dessiné des corbeaux ; ce sont finalement des oies qui incarneront les Zwas, pour leur air un peu nigaud.
Les deux hommes écrivent un pilote, que Borg réalise et anime lui-même. Le film est primé au MIPTV de Cannes, puis remarqué dans les festivals de Karlovy Vary, Milan, Londres, Téhéran et Carthage. En 1978, Jacqueline Joubert, tout juste nommée à la tête des programmes jeunesse d’Antenne 2, commande une série complète. Soixante épisodes sont fabriqués à Paris entre 1978 et 1979, et le premier est diffusé le 6 juillet 1978 dans la toute nouvelle émission Récré A2, le même été qu’un certain Goldorak.

Le générique de Wattoo Wattoo, de l’instrumental au chœur d’enfants
La musique est l’autre signature de Wattoo Wattoo, et elle est signée Hubert Ballay lui-même. Basse ronde, cuivres, nappes planantes : le thème tient du disco de la fin des années 1970 autant que de la berceuse, et sa mélodie se reconnaît en deux mesures. Comme les personnages ne parlent pas, la partition porte à elle seule l’humeur de chaque épisode, du plus rigolo au plus grave.
Pendant cinq ans, le générique de Wattoo Wattoo reste purement instrumental. En 1983, il est remanié : des paroles y sont ajoutées sous le titre Vol sidéral, interprétées par la chorale de Sébastien et les Enfants d’Asnières. C’est cette version chantée que beaucoup ont gardée en tête, avec son refrain qui décrit un oiseau capable de tout voir et de tout arranger.
Une écologie sans un mot de dialogue
Le pari le plus audacieux de la série reste son mutisme. Personne ne parle : les Zwas s’expriment par borborygmes et couinements, que René Borg interprétait lui-même en studio. Ce choix rendait la série exportable partout, mais il la rendait aussi exigeante, puisque tout devait passer par le geste et le montage. Lors des rediffusions du début des années 1980, une voix off fut ajoutée pour les plus jeunes, celle de Dorothée, alors vedette de Récré A2.
Le programme des épisodes surprend encore par son actualité : pollution sonore, déchets abandonnés, bétonnage des campagnes, vitesse automobile, chasse, animaux enfermés, abandons d’été. En 1978, aucune autre série jeunesse française ne mettait l’écologie au centre de chaque histoire. Wattoo Wattoo l’a fait avec quinze ou vingt ans d’avance, sans jamais faire la leçon frontalement, et c’est ce ton doux qui explique que le message soit resté.

Wattoo Wattoo, un classique intemporel du dessin animé
Rediffusée pendant des années, déclinée en jouets aimantés, en livres et en disques, la série a marqué les enfants de Récré A2 bien au-delà de sa première saison. L’intégrale a été éditée en DVD, un projet de retour a été évoqué à la fin des années 2000, et les épisodes sont aujourd’hui accessibles librement dans les archives audiovisuelles, où ils continuent de trouver un public.
Aux côtés des Mystérieuses Cités d’or et des grandes réussites de l’animation française, Wattoo Wattoo occupe une place à part : celle d’un dessin animé minuscule, cinq minutes par jour, qui a appris à toute une génération à ramasser ses papiers et à écouter le silence. Hubert Ballay est mort en 2013, René Borg en 2014, mais leur oiseau blanc continue de siffler. Les épisodes restaurés sont consultables sur le site officiel de l’INA.





