Fox the Fox – Precious Little Diamond – 1984

Fox the Fox Precious Little Diamond est ce refrain en falsetto que toute une génération a chanté sans jamais connaître le visage du groupe, un tube de synth-pop néerlandaise devenu l’un des grands classiques radiophoniques de la décennie. Porté par une basse synthétique implacable et par le duo de voix de Berth Tamaëla et Silhouette Musmin, Fox the Fox Precious Little Diamond s’est imposé de Hilversum à Paris, sorti en 1984.

Fox the Fox – Precious Little Diamond : présentation du single

Publié au printemps 1984 chez CBS, Fox the Fox Precious Little Diamond est le deuxième single extrait de In the Dark of the Nite, le premier album du groupe, paru la même année. Le titre est signé par les deux âmes du projet, Berth Tamaëla et Silhouette Musmin, et produit par Willem Ennes, claviériste chevronné de la scène néerlandaise. L’enregistrement a lieu dès 1983 aux légendaires studios Wisseloord de Hilversum, avec Ronald Prent à la console. En face B du 45 tours figure « Man on the Run », et les Pays-Bas ont droit à un maxi 45 tours assorti d’un Special Remix qui deviendra une pièce recherchée des collectionneurs.

Côté classements, la réussite est européenne avant tout. L’Allemagne de l’Ouest réserve à Fox the Fox Precious Little Diamond son meilleur accueil avec une 5e place, et une 30e position au classement annuel 1984. Aux Pays-Bas, le titre atteint la 11e place du Single Top 100 et la 14e du Top 40 national. En France, il entre au Top 50 le 3 novembre 1984 et s’y installe durablement : 25 semaines de présence et un sommet à la 15e place. La Flandre le place 38e à l’Ultratop 50, tandis que le Royaume-Uni se montre nettement plus tiède avec une 86e position. Les États-Unis, eux, l’adoptent par les pistes de danse : 18e du Hot Dance Club Play de Billboard.

Fox the Fox Precious Little Diamond – pochette du single 1984

Groningue 1981 : la nederdisco de Fox the Fox

Le groupe naît en 1981 à Groningue, dans le nord des Pays-Bas, autour de Berth Tamaëla (chant, guitare) et de Silhouette Musmin (chant, claviers), née en 1960, qui signe l’ensemble des textes. Autour d’eux gravitent le bassiste Gino Jansen, le guitariste Kier van der Werf, le claviériste Roy Kuschel et le batteur Han Langkamp. La formation s’inscrit dans ce que la presse néerlandaise appelle alors la nederdisco : un funk blanc et noir mêlé, nourri de boîtes à rythmes et de synthétiseurs, à mi-chemin entre l’héritage soul et la modernité électronique qui submerge l’Europe.

Un premier single, « Flirting and Showing », ouvre la voie en 1983 en se hissant à la 40e place aux Pays-Bas comme en Allemagne. Un résultat honorable, sans plus, qui n’annonçait pas le raz-de-marée de l’année suivante. Fox the Fox Precious Little Diamond change tout : en quelques semaines, un groupe de province devient une signature reconnaissable entre mille sur les ondes du continent.

Fox the Fox Precious Little Diamond – Berth Tamaëla et Silhouette Musmin en 1984

Wisseloord : la genèse de Fox the Fox Precious Little Diamond

Tout repose sur une trouvaille : ce refrain chanté en voix de tête, presque irréel, qui contraste avec la gravité du couplet. L’idée n’est pas anodine en 1984. Là où la plupart des productions dansantes du moment misent sur la puissance vocale, Fox the Fox Precious Little Diamond choisit la fragilité, le grain suraigu, une sorte de comptine adulte posée sur une rythmique métronomique. La production de Willem Ennes ménage un espace considérable autour de la basse séquencée et laisse les nappes de claviers respirer, dans une esthétique très marquée par les moyens du studio Wisseloord, alors l’un des mieux équipés d’Europe.

Le texte de Silhouette Musmin reste volontairement elliptique : ce « précieux petit diamant » que l’on protège et que l’on redoute de perdre se prête à toutes les lectures, de la déclaration amoureuse à la métaphore de l’enfance. Cette ambiguïté explique sans doute la longévité du morceau, que chacun s’approprie comme il l’entend. Sur ce terrain, Fox the Fox Precious Little Diamond partage beaucoup avec la vague synth-pop qui déferle au même moment, celle d’un New Order et de son Blue Monday de 1983, où la froideur des machines sert paradoxalement l’émotion la plus nue.

Un clip sobre pour Fox the Fox Precious Little Diamond

Le clip de Fox the Fox Precious Little Diamond, tourné en 1984, illustre parfaitement l’époque et ses budgets modestes : fonds neutres, éclairages colorés, plans serrés sur les deux chanteurs et sur les claviers, quelques effets de surimpression alors très en vogue. Aucune intrigue, aucun décor spectaculaire, mais une mise en avant frontale du duo et de son look, coupes hautes et vestes larges à épaulettes. Le public français, lui, découvre surtout Fox the Fox Precious Little Diamond à la radio et lors de rares passages télévisés : le visage du groupe restera longtemps flou dans l’imaginaire collectif, au point que beaucoup ont associé le morceau à un projet de studio anonyme plutôt qu’à un véritable groupe de scène.

De Dieter Bohlen à The Weeknd, l’onde de choc

C’est là que l’histoire devient savoureuse. Le producteur allemand Dieter Bohlen, qui s’apprête à lancer Modern Talking, aurait puisé dans ce refrain en falsetto l’idée maîtresse de sa formule à venir. Celle-ci fera la fortune de You’re My Heart, You’re My Soul dès 1984, puis des projets C.C. Catch et Blue System. Un morceau néerlandais confidentiel se retrouve ainsi à l’origine indirecte de l’un des sons les plus vendus d’Europe continentale dans les années 1980.

La postérité ne s’arrête pas là. En 2013, The Weeknd échantillonne la mélodie et le refrain pour « Wanderlust », sur l’album Kiss Land, offrant à Fox the Fox Precious Little Diamond une seconde vie auprès d’un public qui n’était pas né lors de sa sortie. Rares sont les tubes de 1984 à avoir traversé ainsi trois décennies et deux continents sans perdre leur identité.

Fox the Fox Precious Little Diamond, un classique intemporel

Le groupe ne retrouvera jamais un tel succès. « I.C. Eyes » en 1984, « She Don’t Mind » en 1986 ou « Star in the Nite (Too Late) » en 1987 passent inaperçus, et l’aventure s’achève en 1990 avec le départ de Berth Tamaëla, qui poursuivra sous le nom de Beat-T. Silhouette Musmin quitte quant à elle la musique pour se consacrer aux médecines alternatives à Amsterdam. Deux albums et une poignée de 45 tours : le bilan est mince, et la formation figure aujourd’hui dans la longue liste des one-hit wonders des années 1980.

Mais quel hit. Programmé sans relâche par les radios nostalgie, repris dans les compilations 80’s, remixé par des générations de DJ, le single de 1984 appartient à ces titres qui se reconnaissent dès les deux premières mesures. Sa réputation a même dépassé celle de ses interprètes : beaucoup fredonnent le refrain sans pouvoir citer le nom du groupe, ce qui est peut-être la définition la plus pure du classique populaire. Quarante ans après, Fox the Fox Precious Little Diamond continue de faire ce pour quoi il a été conçu, remplir les pistes et convoquer, en trois minutes cinquante-cinq, tout un parfum de 1984.

Pour explorer la discographie complète du groupe, rendez-vous sur la page de référence consacrée à Fox the Fox.

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