L’île aux enfants – 1974
L’île aux enfants est le rendez-vous quotidien qui a accompagné les fins d’après-midi de plusieurs générations d’écoliers français, une émission jeunesse imaginée par Christophe Izard et diffusée pour la première fois en 1974.
L’île aux enfants : une émission quotidienne née en 1974
Le premier numéro est diffusé le 16 septembre 1974 sur la première chaîne de l’ORTF, juste avant le journal du soir. L’éclatement de l’ORTF, au 1er janvier 1975, fait passer le programme sous le pavillon de TF1, qui le garde à son antenne pendant huit saisons, aux alentours de 18 h 30. La dernière émission est diffusée le 30 juin 1982. Selon les décomptes, entre un millier et douze cents numéros ont été produits, ce qui place L’île aux enfants parmi les feuilletons jeunesse les plus fournis de l’histoire de la télévision française.
Le créateur et producteur du programme, Christophe Izard, dirige alors les programmes jeunesse de la chaîne. Entré à l’ORTF en 1968 après des débuts de journaliste musical, il conçoit une formule simple et souple : un décor d’île, quelques personnages récurrents, des saynètes courtes et, entre deux séquences, des dessins animés. Le principe de L’île aux enfants tient en une promesse tenue chaque soir : un lieu où les grandes personnes ne décident pas de tout.

Casimir, le dinosaure orange au cœur de L’île aux enfants
La créature orange à gros pois est devenue le visage du programme. Casimir est un dinosaure débonnaire, gourmand, un peu maladroit, qui vit dans une maison au bord de l’eau et se comporte comme un enfant de six ans coincé dans un corps de trois mètres. Le personnage a été co-créé et incarné par Yves Brunier, marionnettiste et comédien, qui a passé huit ans dans le costume et lui a donné sa voix, son phrasé traînant et son rire.
Ce choix d’un personnage entièrement porté par un comédien costumé, et non par une marionnette de table, explique en partie la longévité de L’île aux enfants : Casimir marche, se penche, prend les enfants dans ses bras, occupe l’espace du plateau. Il n’est pas un accessoire, il est un partenaire de jeu.
Les habitants de l’île : François, Julie, Hippolyte et les autres
Autour de Casimir gravite une petite troupe fidèle. Patrick Bricard joue François, le grand frère raisonnable, et Éliane Gauthier incarne Julie, sa complice. Gérard Camoin anime Hippolyte, tandis que Boris Scheigam donne vie à Léonard le renard. Les silhouettes plus âgées complètent le tableau : Jean-Louis Terrangle en Monsieur du Snob, Marie-Noëlle Chevalier en Mademoiselle Futaie et Henri Bon en Émile Campagne, le facteur qui apporte le courrier et, avec lui, l’intrigue du jour.

Le générique de L’île aux enfants et le rituel du gloubi-boulga
La musique du générique est signée Roger Pouly, sur des paroles de Christophe Izard, et chantée par Anne Germain. Sa première phrase, qui annonce le temps des rires et des chants, est passée dans le langage courant au point d’être citée par des gens qui n’ont jamais vu un seul épisode. Peu de génériques d’émission jeunesse française ont atteint ce niveau de reconnaissance immédiate.
L’autre marque de fabrique de L’île aux enfants est culinaire. Le gloubi-boulga, plat favori de Casimir, associe confiture de fraises, bananes écrasées, chocolat râpé, moutarde forte et saucisse crue tiède. La recette a été inventée pour faire rire, elle a surtout fait grimacer des millions d’enfants, et son nom est aujourd’hui utilisé couramment en français pour désigner un mélange indigeste d’idées ou de matières.

Les rubriques animées qui rythmaient L’île aux enfants
Entre deux séquences de plateau, l’émission déroulait un catalogue de courts métrages devenus cultes à part entière : Gribouille, La Noiraude, La Linéa, Albert et Barnabé, Les Kanapouts ou encore Philyvert le Globur. Cette alternance entre studio et animation faisait de L’île aux enfants une vitrine pour toute une génération de créateurs, dans le même esprit que Chapi Chapo, autre pilier de la programmation jeunesse française apparu la même année.
Ce format modulaire explique aussi la souplesse du programme : selon les périodes, les rubriques changeaient, les séquences se rallongeaient, mais le rendez-vous restait identique, à la même heure, avec les mêmes visages.
L’île aux enfants, un classique intemporel de la télévision française
Après la dernière diffusion de l’été 1982, Christophe Izard enchaîne avec Le Village dans les nuages, qui prend la relève sur TF1 avec une autre bande de personnages. Il signera encore Les Visiteurs du mercredi et la série animée Albert le cinquième mousquetaire, avant de s’éteindre le 1er août 2022, à 85 ans. Yves Brunier, l’homme qui donnait vie à Casimir, est mort en septembre 2026, quelques jours à peine avant l’anniversaire des cinquante-deux ans de la première diffusion.
Quatre décennies plus tard, L’île aux enfants reste l’un des rares programmes dont on cite encore le générique, les personnages et jusqu’aux recettes. Casimir a survécu à sa propre émission : il a resurgi dans des publicités, des soirées nostalgiques, des rétrospectives d’archives, et il fonctionne aujourd’hui comme un mot de passe entre les gens nés entre 1965 et 1980. Ce n’est pas seulement une émission dont on se souvient, c’est une heure précise de la journée, celle du goûter et du cartable posé dans l’entrée.
Les archives de L’île aux enfants et les témoignages de ses créateurs sont consultables sur le site de l’INA.