Marie Myriam – L’Oiseau et l’Enfant – 1977

Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant est la chanson qui a offert à la France sa cinquième et, à ce jour, dernière victoire au Concours Eurovision : une mélodie de variété aux accents disco, une voix claire de dix-neuf ans et une robe jaune restée dans toutes les mémoires. Hymne à la paix déguisé en conte pour enfants, Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant est un 45 tours sorti en 1977.

Marie Myriam – L’Oiseau et l’Enfant : présentation du single

Le 45 tours paraît chez Polydor au printemps 1977, sous la référence 2056 601. La musique est signée Jean-Paul Cara, les paroles Joe Gracy ; les deux hommes assurent également la production du disque, tandis que les arrangements et la direction d’orchestre reviennent à Raymond Donnez. Le titre donnera son nom à l’album L’Oiseau et l’Enfant, publié dans la foulée par la même maison. Le texte raconte l’histoire d’une petite fille pauvre qui, en regardant un oiseau, imagine un monde délivré de la cruauté des hommes.

Les classements suivent immédiatement la victoire du 7 mai. Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant se hisse à la première place en France, où le disque est certifié or pour 500 000 exemplaires, à la deuxième en Suisse, à la cinquième en Suède, à la sixième en Belgique, à la quinzième en Autriche et jusqu’à la quarante-deuxième place du classement britannique en juin 1977. La chanteuse enregistre dans la foulée quatre versions étrangères du titre, en anglais, en allemand, en espagnol et en portugais, ce qui portera les ventes européennes à plusieurs millions d’exemplaires.

Marie Myriam – L'Oiseau et l'Enfant – pochette du single 1977

De Luluabourg au restaurant de la rue Planchat

Derrière le nom de scène se cache Myriam Lopes, née le 8 mai 1957 à Luluabourg, au Congo belge (aujourd’hui Kananga), dans une famille portugaise. Elle arrive à Paris à six ans, en 1963. Ses parents y reprennent un hôtel décrépit de la rue Planchat, dans le vingtième arrondissement, et le transforment en restaurant, Le Ribatejo, où l’on chante le fado le soir venu.

C’est là, entre deux services, que le compositeur Jean-Paul Cara entend la fille de la maison et décide de s’occuper d’elle. Il lui trouve son nom de scène et lui fait enregistrer un premier 45 tours en 1976, Ma colombe, joli succès d’estime en France et au Québec. La variété française d’alors est celle des grandes ballades mélodiques, celle de Gérard Lenorman – Michèle ou de Michel Fugain : un terrain parfaitement accordé à cette voix limpide et sans effets.

Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant, la soirée du 7 mai 1977 à Londres

Le vingt-deuxième Concours Eurovision de la chanson se tient au Wembley Conference Centre de Londres, devant dix-huit délégations. Le tirage au sort place la France en dernière position, ce qui est réputé porter chance. Entourée de cinq choristes, la jeune chanteuse attaque a cappella les premières mesures de Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant avant que l’orchestre de Raymond Donnez ne la rejoigne. Le public applaudit longuement.

Le vote donne 136 points à Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant, contre 121 au Royaume-Uni. C’est la cinquième victoire française, après celles de 1958, 1960, 1962 et 1969, et personne n’imagine ce soir-là qu’elle sera la dernière pendant un demi-siècle. La gagnante a dix-neuf ans et fêtera ses vingt ans le lendemain ; elle est aussi la première lauréate du concours née après la création de celui-ci, en 1956.

Marie Myriam – L'Oiseau et l'Enfant – au Concours Eurovision 1977

La quatorzième chanson, celle qui ne devait pas concourir

L’anecdote la plus savoureuse du disque tient à un repêchage. Selon le récit rapporté depuis par les artisans de la sélection française, la chanson ne figurait pas parmi les treize titres retenus pour départager les candidats. C’est Alice Dona, membre du jury, qui se souvient d’avoir entendu la jeune chanteuse et obtient qu’on l’ajoute en quatorzième position. Sans ce geste, Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant n’aurait jamais quitté les tiroirs.

Plusieurs maisons de disques avaient d’ailleurs décliné le titre avant que Polydor n’en achète les droits, jugé trop sage pour une année où la France dansait sur le disco de Cerrone – Supernature. Quelques semaines après sa sortie, la Ligue des droits de l’enfant adoptait pourtant Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant comme hymne à la paix, un usage qui ne l’a plus quittée.

Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant, un classique intemporel

La suite de carrière n’a jamais retrouvé cette intensité, et la chanteuse l’assume avec humour : on ne gagne l’Eurovision qu’une fois. Elle enregistre dans les années 1980 et 1990 des disques pour enfants, participe au Yamaha Music Festival en 1981, puis devient une figure familière des soirées du concours, porte-parole des votes français de 1997 à 2005 et jurée à plusieurs reprises. Elle publie en 2017 un livre de souvenirs où Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant occupe naturellement une place centrale.

Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant, de son côté, a pris une tout autre vie. On l’apprend encore dans les écoles primaires, on le chante dans les chorales, et les Kids United l’ont repris en 2016 au profit de l’UNICEF, offrant à toute une génération d’enfants une mélodie que leurs parents connaissaient par cœur. Chaque printemps, quand revient la saison de l’Eurovision, les commentateurs ressortent les images de la robe jaune : Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant est devenue le mètre étalon auquel la France mesure ses espoirs déçus.

Près de cinquante ans plus tard, la formule tient toujours : un texte simple, une montée mélodique imparable et une interprète qui y croit. C’est peut-être cela, la vraie leçon de Marie Myriam L’Oiseau et l’Enfant. L’actualité de la chanteuse se suit sur sa page officielle Marie Myriam.

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