Chagrin d’amour – Chacun fait (c’qui lui plaît) – 1981
Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) est le morceau qui a fait entrer le rap dans la variété française : un phrasé parlé, un groove funk imparable et une virée nocturne dans un Paris peuplé de personnages ordinaires. Porté par le duo formé par Valli et Grégory Ken, Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) est sorti en 1981.
Chagrin d’amour – Chacun fait (c’qui lui plaît) : présentation du single
Le 45 tours paraît chez Barclay à la toute fin de 1981. Le titre est signé Gérard Presgurvic et Philippe Bourgoin, la production et les arrangements sont confiés à Yves Martin, et le remix porte la signature de Dominique Blanc-Francard, l’un des ingénieurs du son les plus demandés de la scène française. La face B propose une version dub instrumentale du morceau, une pratique alors typique des disques de club. Le single Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) sera ensuite repris sur l’album Chagrin d’amour, publié en 1982.
Le succès dépasse tout ce que la maison de disques imaginait. Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) prend la tête des ventes en France le 29 janvier 1982 et s’y installe, avant de s’écouler à plus de deux millions d’exemplaires. Le disque est encore régulièrement cité comme le premier grand succès du rap en langue française, et l’album qui a suivi comme le tout premier album de rap français.

Valli et Grégory Ken, un duo né par accident
Derrière le nom de scène de Grégory Ken se cache Jean-Pierre Trochu-Giraudon, né à Paris en 1947. Musicien de métier avant d’être chanteur, il a accompagné à la guitare Annie Cordy et France Gall dans les années 1960, avant de rejoindre les grandes comédies musicales de la décennie suivante : Hair en 1971, Godspell et Jesus Christ Superstar en 1973, puis le rôle de Ziggy dans la création de Starmania. Sa voix deviendra ensuite familière aux abonnés de Canal+, dont il fut le comédien voix de 1984 à 1995. Il est mort d’un cancer en 1996, à quarante-neuf ans.
Valli Kligerman, elle, arrive tout juste de New York quand l’aventure commence. Franco-américaine, elle vient d’épouser Philippe Bourgoin, le parolier du morceau, et n’a aucune intention de faire carrière dans la chanson. Le hasard du studio en décidera autrement.

Chagrin d’amour Chacun fait, quand Patrick Bruel s’invite dans l’histoire
L’histoire de Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) commence avec un trio de copains : Patrick Bruel, alors au tout début de sa carrière, le compositeur Gérard Presgurvic et le producteur Yves Martin. Fascinés par le rap américain qui déferle depuis New York, et notamment par Rapper’s Delight du Sugarhill Gang, ils reprennent une composition que Presgurvic gardait dans ses tiroirs depuis trois ans et transforment le texte de Philippe Bourgoin en un phrasé scandé, à mi-chemin entre la chanson et le rap.
Reste à trouver une voix : aucun des trois ne peut porter le morceau, et c’est sur recommandation que Grégory Ken est appelé au studio. Gérard Presgurvic, lui, poursuivra une carrière de compositeur avant de connaître la consécration en 2001 avec la comédie musicale Roméo et Juliette, de la haine à l’amour.
Un couplet griffonné sur un coin de table de studio
L’anecdote la plus célèbre du disque tient en quelques minutes. Valli passe au studio, on lui demande d’essayer quelque chose, et son couplet est griffonné sur un coin de table. Sa voix parlée, son accent et son insolence changent tout : le morceau, prévu en solo, devient un dialogue entre une fille et un garçon, et c’est cette alternance qui fait décoller Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît).
Le texte, lui, procède par énumération. On y croise une galerie de silhouettes de la nuit parisienne, chacune occupée à sa petite affaire, et le refrain constate simplement que chacun mène sa vie comme il l’entend. La formule quittera vite la chanson pour entrer dans le langage courant : quarante ans plus tard, « chacun fait c’qui lui plaît » se dit encore sans que personne pense à citer un disque.
Le clip, NRJ et la France des radios libres
Le timing est parfait. En 1981, la France vient de légaliser les radios privées et NRJ, toute jeune station parisienne, cherche des titres qui la distinguent des ondes officielles. Elle passe Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) en boucle et l’installe dans les oreilles de toute une génération d’adolescents, bien avant que la télévision ne s’en empare.
Le clip accompagne le phénomène à un moment où la télévision française ne diffusait encore que très peu de vidéos musicales. Il fixe pour toujours l’image de ce couple improbable : elle, la New-Yorkaise gouailleuse, lui, le vétéran des comédies musicales reconverti en dandy parlant. Comme plus tard le clip de MC Solaar – Caroline, il a beaucoup fait pour rendre le rap fréquentable à la télévision française.
Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît), un classique intemporel
Le duo publiera un second album, Mon bob et moi, en 1984, avant de se séparer. Le succès n’aura donc tenu qu’à un disque, mais quel disque : dix ans avant MC Solaar et une quinzaine d’années avant IAM – Je danse le Mia, Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) avait prouvé qu’on pouvait rapper en français et vendre des millions d’exemplaires.
Les puristes du hip-hop hexagonal ont longtemps regardé le morceau de haut, y voyant une opération de variété plus qu’un acte fondateur. Le temps leur a donné tort : Chagrin d’amour Chacun fait (c’qui lui plaît) reste le premier moment où le grand public français a entendu, aimé et repris un texte scandé sur un groove. La suite de l’aventure de l’un de ses instigateurs se suit sur le site officiel de Patrick Bruel.





