Culture Club – Do You Really Want To Hurt Me – 1982

Culture Club Do You Really Want To Hurt Me est ce balancement reggae nonchalant qui a fait basculer la pop britannique dans une nouvelle ère, celle où l’ambiguïté assumée d’un chanteur devenait un argument de conquête autant qu’un manifeste. Porté par la voix soul de Boy George et par la production ciselée de Steve Levine, Culture Club Do You Really Want To Hurt Me s’est imposé de Londres à Sydney, sorti en 1982.

Culture Club – Do You Really Want To Hurt Me : présentation du single

Publié le 6 septembre 1982 chez Virgin au Royaume-Uni et chez Epic pour l’Amérique du Nord, Culture Club Do You Really Want To Hurt Me est le troisième 45 tours du groupe et le premier extrait de Kissing to Be Clever, l’album inaugural paru en octobre de la même année. Le morceau est crédité aux quatre membres, Boy George, Mikey Craig, Roy Hay et Jon Moss, et produit par Steve Levine. L’enregistrement se déroule en 1982 aux Red Bus Studios de Londres, sur une console MCI vingt-quatre pistes, avec la choriste Helen Terry dont les harmonies superposées six fois donnent au refrain son relief si caractéristique.

Le succès est immédiat et planétaire. Culture Club Do You Really Want To Hurt Me passe trois semaines en tête du classement britannique en octobre 1982 et termine cinquième meilleure vente de l’année outre-Manche, avec 882 440 exemplaires écoulés. Aux États-Unis, le titre atteint la 2e place du Hot 100 de Billboard au printemps 1983, où il reste bloqué trois semaines, mais décroche la première position du classement Cash Box.

Le numéro un lui revient en revanche en France, en Allemagne de l’Ouest, en Australie, au Canada, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Irlande, en Suède et en Suisse. Disque de platine au Canada, disque d’or en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark, en Suède et en Nouvelle-Zélande : la moisson est spectaculaire pour un groupe que personne n’attendait.

Culture Club Do You Really Want To Hurt Me – pochette du single 1982

Culture Club, quatre Londoniens que tout séparait

Le groupe se forme à Londres en 1981 autour de George O’Dowd, figure des nuits new romantic sous le nom de Boy George, du bassiste Mikey Craig et du guitariste et claviériste Roy Hay. Le batteur Jon Moss, passé par The Damned puis par Adam and the Ants, complète la formation la même année. Le nom du groupe naît d’un constat amusé sur leurs origines respectives : un chanteur irlandais, un bassiste noir britannique, un guitariste anglais blond et un batteur juif. Un club des cultures, littéralement.

Virgin signe le quatuor après avoir écouté ses maquettes, mais les débuts sont laborieux. Deux 45 tours paraissent au premier semestre 1982, « White Boy » et « I’m Afraid of Me », et échouent tous deux aux portes du Top 100 britannique, respectivement 114e et 100e. La maison de disques commence à douter. Le troisième essai sera le bon : Culture Club Do You Really Want To Hurt Me propulse en quelques semaines un groupe de clubs londoniens au sommet de la vague new romantic, celle-là même que Duran Duran portait au même moment avec Rio.

Culture Club Do You Really Want To Hurt Me – le groupe autour de Boy George en 1982

Red Bus Studios : la genèse de Culture Club Do You Really Want To Hurt Me

La couleur reggae du morceau, ce que les Britanniques rangent volontiers sous l’étiquette lovers rock, ne relève d’aucun calcul. Steve Levine l’a raconté sans détour : personne n’avait décidé de faire une chanson reggae, mais la manière dont le titre s’est construit y a conduit naturellement. La prise de voix, elle, tient de l’exploit. Boy George chante Culture Club Do You Really Want To Hurt Me d’un bout à l’autre en une seule fois, avec le groupe au complet et sans le moindre raccord. Faute de pouvoir l’isoler correctement dans la grande pièce, le producteur l’installe dans le couloir capitonné qui sépare la régie du studio, d’où il garde le contact visuel avec ses camarades par les vitres.

Quant au texte de Culture Club Do You Really Want To Hurt Me, Boy George a toujours refusé de le réduire à une seule personne. La chanson n’est pas seulement adressée à Jon Moss, le batteur du groupe et son compagnon d’alors, expliquait-il : elle parle de tous les garçons qu’il avait fréquentés. Cette douleur amoureuse enveloppée dans un rythme chaloupé est un procédé que la pop britannique du début des années 1980 maîtrisait à merveille, de Soft Cell et son Tainted Love aux premiers disques d’Eurythmics.

Le clip de Culture Club Do You Really Want To Hurt Me, un procès en costume

La réalisation du clip international est confiée à Julien Temple, futur metteur en scène d’Absolute Beginners. Il imagine un procès : Boy George comparaît devant un tribunal reconstitué dans l’hôtel de ville d’Islington, tandis que des retours en arrière transportent le spectateur au Gargoyle Club de 1936 puis au Dolphin Square Health Club de 1957. La version diffusée par MTV aux États-Unis fut remontée, les séquences de maquillage noir étant retirées et remplacées par un plan du chanteur sortant d’une piscine, passé à l’envers.

Pour des millions de téléspectateurs européens, Culture Club Do You Really Want To Hurt Me fut le premier contact avec ce visage poudré, ces tresses et ce chapeau à larges bords qui allaient devenir une silhouette immédiatement identifiable.

Du Grammy à la relecture dance de 2005

Culture Club Do You Really Want To Hurt Me vaut au groupe une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie de la meilleure prestation pop, et surtout lui ouvre la voie du trophée de la révélation de l’année, remporté en 1984. Le titre a depuis connu des reprises aux fortunes très diverses. Les Américains de Violent Femmes en livrent une lecture aux paroles modifiées, Adam Lambert s’y essaie à son tour, et le projet allemand Blue Lagoon en tire en 2005 une version dance qui se classe dans plusieurs pays européens. Vingt-trois ans après l’original, la mélodie n’avait rien perdu de son pouvoir d’entraînement.

Culture Club Do You Really Want To Hurt Me, un classique intemporel

La suite appartient à la légende des années 1980 : Time (Clock of the Heart), Church of the Poison Mind, puis l’immense Karma Chameleon en 1983 font de Culture Club l’un des groupes les plus vendus de la planète, avant que les tensions internes et la rupture entre Boy George et Jon Moss n’abrègent l’aventure en 1986. Le quatuor s’est reformé à plusieurs reprises depuis, et tourne toujours, mais aucun de ses titres n’a jamais éclipsé Culture Club Do You Really Want To Hurt Me, celui qui avait tout déclenché.

Car Culture Club Do You Really Want To Hurt Me reste le morceau qui a ouvert la porte, celui par lequel une pop anglaise métissée, maquillée et fière de l’être a franchi l’Atlantique en pleine seconde invasion britannique. Programmé sans relâche par les radios nostalgie, présent dans toutes les compilations 80’s, il se reconnaît dès les premières mesures de guitare étouffée. Quarante ans plus tard, la question posée dans le refrain n’a rien perdu de sa fragilité, et c’est probablement là que réside le secret de sa longévité.

Pour suivre l’actualité et les tournées du groupe, rendez-vous sur le site officiel de Boy George et Culture Club.

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