Tom Sawyer – 1980
Tom Sawyer est l’adaptation animée du roman de Mark Twain réalisée par le studio japonais Nippon Animation : quarante-neuf épisodes au bord du Mississippi, une bande de gamins livrés à eux-mêmes, une grotte, un trésor et un générique français que personne n’a oublié. Sixième chapitre du World Masterpiece Theater, Tom Sawyer est arrivé sur les écrans japonais de Fuji TV en 1980.
Tom Sawyer : fiche technique
Titre original : Tomu Sōyā no Bōken (トム・ソーヤーの冒険)
Studio : Nippon Animation
Réalisation : Hiroshi Saitō
Character design : Shūichi Seki
Musique : Katsuhisa Hattori
Production : Ryūji Matsudo
D’après : Les Aventures de Tom Sawyer (1876) de Mark Twain, complété par Les Aventures de Huckleberry Finn
Format : 49 épisodes de 26 minutes
Diffusion japonaise : Fuji TV, du 6 janvier au 28 décembre 1980, le dimanche à 19 h 30
Générique japonais : Dare yori mo tōku e (ouverture) et Boku no Mississippi (fin), par Maron Kusaka
Diffusion française : Antenne 2, à partir du 13 décembre 1982, dans Récré A2
Générique français : Tom Sawyer, par Elfie (Polydor, 1982)
Direction du doublage : François Leccia

Synopsis : Tom Sawyer, Huckleberry Finn et le Mississippi
Tom Sawyer se déroule à Saint-Petersburg, bourgade imaginaire du Missouri inspirée de Hannibal, la ville d’enfance de Mark Twain, sur la rive du Mississippi au milieu du XIXe siècle. Orphelin, Tom vit chez sa tante Polly avec son demi-frère Sid et sa cousine Mary. Il déteste l’école, redoute les sermons du dimanche, sèche les cours de M. Dobbins et passe le plus clair de son temps dehors.
Son complice s’appelle Huckleberry Finn, fils d’ivrogne, sans maison ni horaires, l’enfant que toutes les mères de la ville interdisent à leurs fils de fréquenter. Autour d’eux gravitent Becky Thatcher, la fille du juge dont Tom tombe amoureux dès le premier regard, le fidèle Joe Harper et, dans l’ombre, Joe l’Indien, meurtrier au visage taillé à la serpe. Six mois d’aventures suffisent : la clôture blanchie à la chaux, la nuit au cimetière, la fugue sur l’île Jackson, l’enterrement où les trois disparus assistent à leur propre messe. La série raconte une enfance libre, buissonnière, parfois dangereuse, où l’été n’en finit pas.

Tom Sawyer, sixième chapitre du World Masterpiece Theater
Depuis 1975, Nippon Animation adapte chaque année un grand roman de la littérature mondiale pour la case du dimanche soir de Fuji TV : c’est le Sekai Meisaku Gekijō, le World Masterpiece Theater, la collection qui a donné Heidi, Marco ou Anne… la maison aux pignons verts. Tom Sawyer en est la sixième saison, et le deuxième titre puisé chez un auteur américain après Rascal le raton laveur.
La méthode maison se reconnaît immédiatement : décors documentés, lumière changeante sur le fleuve, gestes quotidiens observés de près, refus du gag et du raccourci. Hiroshi Saitō dirige, Shūichi Seki dessine des visages ronds et mobiles, Katsuhisa Hattori écrit une partition où le banjo et les cuivres de La Nouvelle-Orléans citent presque ouvertement Hello, Dolly!. Le roman est respecté mais lissé : les scènes de tabac et d’alcool disparaissent, la chronologie est réorganisée pour tenir sur quarante-neuf épisodes. La série sera d’ailleurs distinguée au Japon par un prix de la meilleure œuvre télévisée pour la jeunesse.
Le générique français de Tom Sawyer, « c’est l’Amérique »
En France, Tom Sawyer débarque le 13 décembre 1982 dans Récré A2, sur Antenne 2, deux ans après le Japon. Comme souvent à l’époque, le générique original est remplacé par une chanson écrite pour l’occasion, sur une musique de Gaston M. Cassez et Jean-Pierre Calvet. Elle est interprétée par Elfie, l’une des animatrices de l’émission, et paraît chez Polydor en 1982.
« Tom Sawyer, c’est l’Amérique, le symbole de la liberté » : deux vers suffisent à réveiller une génération entière. Le morceau n’a pourtant rien d’un tube calibré, avec sa voix claire, son orchestration de fanfare et son enthousiasme un peu naïf, mais il colle si bien aux images qu’il est devenu indissociable de la série. Rediffusé pendant vingt ans, repris en 1993 par Nathalie Lermitte puis remixé en 2002, le générique de Tom Sawyer figure aujourd’hui parmi les plus demandés des soirées nostalgiques, aux côtés de celui de Candy, autre pensionnaire japonaise de Récré A2.

La grotte, le trésor et le clin d’œil à John Lennon
Le doublage français a beaucoup fait pour l’attachement du public. Dirigé par François Leccia, il confie Tom à Francette Vernillat, voix célèbre du cinéma français, et Huckleberry Finn à Marcelle Lajeunesse. Deux comédiennes adultes pour deux garçons de douze ans : le procédé était courant, et il donne à la série ce timbre reconnaissable entre tous.
La dernière ligne droite reste la plus marquante. Perdus dans la grotte avec Becky, puis lancés sur la piste du magot, Tom et Huck finissent par mettre la main sur le trésor de Joe l’Indien. Mais Huck, orphelin sans tuteur, ne peut toucher sa part qu’une fois adopté : recueilli par la veuve Douglas, sanglé dans des vêtements propres, envoyé à l’église et à l’école, il renonce à l’argent et retourne à sa vie de vagabond. Tom Sawyer se referme sur cette pirouette et sur une promesse, celle de retrouver Huck ailleurs.
Détail resté fameux chez les amateurs : dans le tout dernier épisode, une page de journal datée de 1880 glisse une allusion à l’assassinat de John Lennon, survenu quelques semaines plus tôt.
Tom Sawyer, un classique intemporel du dessin animé
Peu de séries japonaises des années 1980 ont été autant rediffusées en France. Après Récré A2, elle a occupé les cases des Minikeums sur France 3, puis M6, France 5 et Gulli, jusqu’aux années 2020, avant une édition intégrale en DVD. À chaque passage, le même mécanisme opère : les enfants découvrent une liberté qu’ils n’ont plus, les parents retrouvent la leur.
C’est peut-être là que réside sa force : une adaptation japonaise d’un roman américain, doublée en français, devenue un souvenir commun sans que personne ne s’interroge jamais sur son passeport. Quarante-cinq ans après sa première diffusion, Tom Sawyer reste la référence quand on cherche à raconter l’enfance buissonnière, et le catalogue du studio est toujours consultable sur le site officiel de Nippon Animation.





