Prince and the Revolution – Kiss – 1986
Prince and the Revolution Kiss claque comme un manifeste minimaliste, funk squelettique et falsetto insolent qui réinventa le tube en trois fois rien, sorti en 1986.
Prince and the Revolution – Kiss : présentation du single
Prince and the Revolution Kiss paraît le 5 février 1986 chez Paisley Park, en premier extrait du huitième album studio, Parade, bande originale du film Under the Cherry Moon. Écrit et produit par Prince, le morceau réduit le funk à l’os : une guitare sèche, une boîte à rythmes claquante, presque pas de basse et une voix en falsetto. En face B figure « ♥ or $ » (« Love or Money »).
Le single s’installe deux semaines en tête du Billboard Hot 100 américain, grimpe à la 6e place du UK Singles Chart et se voit certifié disque d’or dès 1986 par la RIAA pour un million d’exemplaires écoulés. Il vaudra à son auteur un Grammy Award de la meilleure performance R&B par un duo ou groupe.

Le génie de Minneapolis au sommet
En 1986, Prince règne sur la pop mondiale. Deux ans plus tôt, Purple Rain et son film ont fait de l’enfant de Minneapolis une superstar planétaire, virtuose touche-à-tout capable de jouer de tous les instruments et de fondre funk, rock, soul et new wave. Entouré de son groupe The Revolution, avec ses complices Wendy Melvoin et Lisa Coleman, il enchaîne les albums à un rythme effréné. Avec Parade, il s’éloigne du son grandiose de Purple Rain pour une esthétique plus dépouillée, presque européenne. Kiss en est la démonstration la plus radicale : là où d’autres empilent les couches, Prince ose le vide, et cette audace deviendra sa signature.
La genèse : un cadeau repris à Mazarati
L’histoire de Prince and the Revolution Kiss commence par une simple maquette acoustique d’une minute, un couplet et un refrain que Prince offre au groupe funk Mazarati, en quête d’un titre pour son premier album. Avec le producteur David Z, aux studios Sunset Sound, le groupe transforme l’esquisse en un funk sec et hypnotique.
Séduit par le résultat, Prince reprend aussitôt la chanson à ses protégés dépités, retire la ligne de basse et ajoute la guitare tranchante et le chant en falsetto qui feront sa légende. Les fameux chœurs « ah-wah-ah » proviennent d’un échantillon de la voix de Brenda Lee retravaillé par David Z. Jugé trop nu, le morceau fut d’abord un pari difficile à imposer à Warner Bros., avant que Prince n’obtienne sa sortie et son intégration à Parade.
Un clip devenu icône
Tourné le 13 février 1986 aux Laird International Studios de Culver City, en Californie, et réalisé par Rebecca Blake, le clip participe pleinement au culte de la chanson. Sur un décor épuré, Prince apparaît d’abord en veste de cuir et chemise courte, puis torse nu, déroulant une chorégraphie féline et provocante. À ses côtés, la danseuse voilée Monique Mannen en lingerie noire et lunettes de soleil, tandis que Wendy Melvoin gratte impassiblement sa guitare. Cette imagerie androgyne et sensuelle, où l’érotisme flirte avec l’humour, résume tout l’art de Prince : brouiller les codes du genre avec une élégance désarmante.
Un classique intemporel du funk
Quarante ans plus tard, Kiss demeure l’une des chansons les plus célébrées de Prince, classée 85e sur la liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps du magazine Rolling Stone. Sa structure épurée a inspiré d’innombrables artistes, et la reprise orchestrale du groupe The Art of Noise avec Tom Jones, en 1988, lui offrit une seconde vie triomphale. Preuve que le funk minimaliste traverse les décennies sans une ride, on peut prolonger l’écoute avec un autre monument du groove, le trépidant Le Freak de Chic, sorti en 1978. Guitare sèche, falsetto et espace : Prince and the Revolution Kiss reste la preuve éclatante que le silence, parfois, groove plus fort que tout.
À écouter et redécouvrir sur le site officiel de l’artiste : prince.com.





