Depeche Mode – Master and Servant – 1984
Depeche Mode Master and Servant claque comme un coup de fouet synthétique, provocation glaciale et dansante qui bouscula les radios anglaises, sorti en 1984.
Depeche Mode – Master and Servant : présentation du single
Depeche Mode Master and Servant paraît le 20 août 1984 chez Mute Records, en deuxième extrait du quatrième album studio du groupe, Some Great Reward. Écrit par Martin L. Gore et produit par Daniel Miller, le groupe et Gareth Jones, le morceau est enregistré en mai 1984 entre les studios Music Works de Londres et le Hansa Mischraum de Berlin. En face B figure « (Set Me Free) Remotivate Me ». Le single grimpe jusqu’à la 9e place du UK Singles Chart, se classe 2e en Allemagne de l’Ouest, 4e au Danemark, 5e sur l’European Top 100, 6e en Belgique et en Irlande, 8e en Suisse et 34e en France, tout en atteignant la 87e place du Billboard Hot 100 américain.

De Basildon aux studios de Berlin
Formé en 1980 à Basildon, dans l’Essex, Depeche Mode traîne d’abord une image de gentils premiers de la classe de la synth-pop, portée par les tubes acidulés de Speak & Spell. Le départ de Vince Clarke propulse Martin Gore à l’écriture, et le groupe amorce un virage plus sombre et plus adulte.
En s’installant au mythique Hansa Tonstudio de Berlin-Ouest, là où David Bowie avait gravé sa trilogie berlinoise, Dave Gahan, Martin Gore, Andy Fletcher et Alan Wilder cherchent un son « grand format », dur et industriel. Épaulés par l’ingénieur Gareth Jones, ils multiplient les échantillonnages de bruits métalliques et concrets, dans la lignée de leur précédent tube « People Are People ». Master and Servant naît de cette mue : Depeche Mode veut désormais être pris au sérieux et assumer un propos frontal, quitte à choquer.
Le clip et le sens caché de la chanson
Derrière ses claquements de fouet et ses chaînes, Depeche Mode Master and Servant n’est pas qu’une chanson sur le BDSM. « C’est un morceau sur la domination et l’exploitation, et nous utilisons l’angle sexuel pour faire passer le message », expliquait Martin Gore. La domination y devient métaphore des rapports de pouvoir dans la société tout entière. Réalisé par Clive Richardson, le clip cultive volontairement l’ambiguïté : entre allusions à l’univers fétichiste, on y voit des ouvriers du bâtiment, des ménagères à la tâche et des débats au Bundestag, comme pour rappeler que chacun est tour à tour maître et esclave.
Le coup de fouet qui affola la BBC
Le claquement de fouet si caractéristique n’est pas un vrai fouet : le groupe a essayé d’en échantillonner un, « mais c’était sans espoir ». Le son provient en réalité de Daniel Miller crachant et sifflant dans le studio, tandis qu’un autre bruitage venait d’Andy Fletcher donnant la fessée à Martin Gore. Ces effets, ajoutés à des paroles jugées scabreuses, poussèrent plusieurs radios à bouder le titre. À la BBC Radio 1, un responsable voulut l’interdire pour obscénité, mais il était en vacances au moment de la décision finale : sa remplaçante trancha en faveur du groupe. La provocation, elle, avait déjà fait son effet.
Un classique intemporel de la synth-pop
Quarante ans plus tard, Master and Servant reste l’un des jalons majeurs de la discographie de Depeche Mode, cité par Billboard parmi les vingt meilleures chansons du groupe et repris sur scène des tournées de 1984 jusqu’au live 101. Le morceau incarne le moment où le quatuor de Basildon a troqué l’insouciance pop pour l’audace industrielle qui fera sa légende, ouvrant la voie aux chefs-d’œuvre à venir comme Violator. Pour prolonger l’écoute vers le versant le plus sensuel du groupe, on peut réécouter le sublime Freelove, sorti en 2001. Fouet, chaînes et ironie mordante : Depeche Mode Master and Servant n’a rien perdu de sa puissance subversive.
À écouter et redécouvrir sur le site officiel du groupe : depechemode.com.





