Heidi – 1974

Heidi est l’adaptation animée du roman de Johanna Spyri réalisée par Isao Takahata pour le studio japonais Zuiyo Eizo : cinquante-deux épisodes entre un alpage des Grisons et un salon bourgeois de Francfort, une chevrette blanche, un grand-père taciturne et un générique yodelé que personne n’a oublié. Dernier volet du Calpis Comic Theater, Heidi est arrivée sur les écrans japonais de Fuji TV en 1974.

Heidi : fiche technique

Titre original : Arupusu no Shôjo Haiji (アルプスの少女ハイジ), « Heidi, la fille des Alpes »
Studio : Zuiyo Eizo, devenu Nippon Animation en 1975
Réalisation : Isao Takahata
Layout et mise en scène : Hayao Miyazaki
Character design et direction de l’animation : Yôichi Kotabe
Direction artistique : Masahiro Ioka
Musique : Takeo Watanabe
D’après : Heidi (1880-1881) de Johanna Spyri
Format : 52 épisodes de 25 minutes
Diffusion japonaise : Fuji TV, du 6 janvier au 29 décembre 1974, le dimanche
Voix japonaise de Heidi : Kazuko Sugiyama
Diffusion française : TF1, à partir du 22 décembre 1979, puis dans Les Visiteurs du mercredi
Générique français : La Chanson de Heidi, par Danielle Licari, sur une musique de Christian Bruhn

Heidi – Heidi et Pierre le chevrier – dessin animé 1974

Synopsis : de l’alpage suisse au salon de Francfort

Heidi se déroule dans la Suisse du XIXe siècle, quelque part au-dessus du village de Maienfeld. Orpheline de cinq ans, la petite fille est déposée par sa tante Dete chez son grand-père, l’ours de l’alpage que le village surnomme le Vieux de la montagne. L’homme vit seul dans un chalet de rondins, refuse l’église et la compagnie, et n’a aucune envie d’élever une enfant.

Il faudra quelques jours à peine pour que la paillasse de foin, le lait de chèvre et le fromage fondu à la flamme deviennent le quotidien le plus heureux du monde. Pierre, le chevrier du village, emmène l’enfant sur les pâturages avec Blanchette et Bichette, et la grand-mère aveugle du garçon attend chaque visite comme une fête.

Tout bascule quand Dete revient chercher la petite pour la placer à Francfort, chez les Sesemann, comme demoiselle de compagnie de Clara, une fillette clouée dans un fauteuil roulant. Commence alors la longue parenthèse allemande : les couloirs cirés, les manières imposées par l’intraitable Mademoiselle Rottenmeier, les petits pains blancs que l’enfant met de côté pour la grand-mère de Pierre. Heidi dépérit de nostalgie jusqu’à marcher la nuit dans son sommeil, et le médecin ordonne son retour immédiat à la montagne. Clara la rejoindra l’été suivant pour le dénouement que tout le monde a en tête : les premiers pas sur l’herbe de l’alpage.

Heidi – la balançoire du générique – dessin animé 1974

Heidi, le chantier qui a changé l’animation japonaise

Trois hommes partis de la Tôei Dôga se retrouvent sur ce projet : Isao Takahata à la réalisation, Yôichi Kotabe au character design et Hayao Miyazaki aux layouts. En juillet 1973, l’équipe s’offre un mois de repérages en Suisse et en Allemagne, de Zurich à Maienfeld puis Francfort, une pratique alors inconnue dans un secteur qui fabriquait ses décors européens d’après cartes postales.

Takahata veut des gestes justes : la traite, le feu, le pain dur, la manière de porter une hotte. Le résultat se voit à l’écran dans chaque plan de Heidi.

Miyazaki dessine les layouts des cinquante-deux épisodes, sans une semaine de répit, à un rythme qui l’empêche de mener le moindre autre travail pendant un an. Cette organisation, avec un directeur de la mise en scène qui cadre l’intégralité de la série, est restée dans l’histoire du studio comme le modèle de la production télévisée soignée. La musique de Takeo Watanabe, cordes légères et yodel, fait le reste.

Le succès est tel qu’il provoque la naissance de Nippon Animation et de la collection World Masterpiece Theater, qui donnera Tom Sawyer et bien d’autres.

Heidi – Pierre et Heidi sur l'alpage – dessin animé 1974

Le générique français de Heidi, par Danielle Licari

La série arrive en France le 22 décembre 1979 sur TF1, pendant les vacances de Noël, avant de s’installer dans Les Visiteurs du mercredi. Comme souvent à cette époque, la France achète la version déjà exploitée en Allemagne : le thème n’est donc pas celui du générique japonais d’origine, mais la mélodie signée Christian Bruhn pour la version allemande, triomphe absolu outre-Rhin en 1977.

L’adaptation française est confiée à Danielle Licari, soprano connue pour avoir prêté sa voix au Concerto pour une voix de Saint-Preux et aux parties chantées des Demoiselles de Rochefort. Sa voix claire, portée par les cloches et le yodel, donne au générique de Heidi une douceur qui tranche avec les génériques rock de la décennie suivante. Il appartient à la même famille sensible que celui de Candy, autre orpheline japonaise devenue une institution des après-midi françaises.

La balançoire, le fromage fondu et les somnambulismes

Trois images ont survécu à tout le reste. La balançoire du générique, d’abord, cette corde accrochée à une branche qui emporte la petite fille au-dessus de la vallée, plan d’ouverture recopié depuis par des générations d’animateurs. Le fromage que le grand-père fait fondre à la flamme et fait glisser sur le pain, ensuite, séquence si appétissante qu’elle a durablement installé la raclette dans l’imaginaire des enfants européens.

Le fantôme du manoir Sesemann, enfin : une porte qui s’ouvre seule chaque nuit, une maisonnée terrorisée, et au bout de l’enquête une enfant endormie, pieds nus, qui cherche la montagne dans le vestibule.

Le succès international a pris des proportions que personne n’avait prévues. L’Espagne diffuse la série dès mai 1975, l’Allemagne et l’Autriche en 1977, le Québec sur Radio-Canada en septembre 1977. Dans plusieurs pays, le public a longtemps cru regarder une production européenne : l’idée qu’un studio de Tokyo ait pu filmer les Grisons avec cette exactitude paraissait invraisemblable.

Heidi – dessin animé 1974

Heidi, un classique intemporel du dessin animé

Un long métrage de montage sort en 1979, deux compilations en vidéo suivent en 1993, et un remake en images de synthèse est produit en 2015 pour une nouvelle génération de téléspectateurs. La série d’origine, elle, n’a jamais vraiment quitté l’antenne : rediffusions en boucle sur les chaînes jeunesse, puis mise en ligne intégrale et restauration haute définition, disponible depuis 2024.

Cinquante ans plus tard, Heidi reste la démonstration qu’un dessin animé du goûter pouvait viser aussi haut qu’un film : pas de monstre, pas de robot, pas de méchant véritable, juste une enfant, une montagne et le temps qu’il fait. Takahata et Miyazaki y ont mis au point la grammaire du quotidien qu’ils déploieront ensuite au studio Ghibli, et c’est bien pour cela que Heidi demeure un classique intemporel. Le catalogue du studio reste consultable sur le site officiel de Nippon Animation.

Vous aimerez aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *