Les Amis de Chico – 1974
Les Amis de Chico est cette mini-série fantastique britannique dont des milliers d’enfants français ont longtemps cru l’avoir rêvée : une tête réduite qui parle, deux gamins embarqués dans une affaire de sorcier amazonien, et une seule et unique diffusion sur TF1. Réalisée par Jonathan Ingrams pour Eyeline Films, Les Amis de Chico (The Boy with Two Heads) est une production sortie en 1974.
Les Amis de Chico : fiche technique
Titre original : The Boy with Two Heads, diffusé aussi sous le titre Chico the Rainmaker
Réalisation : Jonathan Ingrams
Scénario : C. M. Pennington-Richards et Frank Godwin
Musique : Harry Robinson
Effets spéciaux : Les Bowie
Image : Neil Binney
Production : Eyeline Films, pour la Children’s Film Foundation (Royaume-Uni)
Format : 7 épisodes d’environ 13 à 15 minutes, en couleur, image 1.33 (4/3)
Distribution : Spencer Plumridge (Chris), Leslie Ash (Jill), Clive Revill (la voix de Chico), Lance Percival, Peter Halliday, Stanley Meadows, Hilda Fenemore, John Louis Mansi, Bill Maynard
Diffusion britannique : en salles, dans les séances enfantines du samedi
Diffusion américaine : PBS, en 1974
Diffusion française : TF1, à partir du 31 août 1978, dans Acilion et sa bande

Le samedi des enfants anglais, berceau de Les Amis de Chico
Pour comprendre d’où sort Les Amis de Chico, il faut se souvenir d’une institution britannique aujourd’hui disparue : les Saturday Matinees, ces séances du samedi où les cinémas de quartier accueillaient des salles pleines d’enfants pour un programme de courts métrages et de feuilletons tournés spécialement pour eux. La Children’s Film Foundation, créée en 1951, alimentait ce circuit avec des productions à petit budget mais confiées à de vrais professionnels.
C’est exactement le cahier des charges de la série : sept épisodes courts, un rebondissement à chaque fin, un décor unique ou presque, et un effet spécial central qui devait tenir la route. Cet effet, c’est la tête réduite parlante, confiée à Les Bowie, ancien pilier des studios Hammer qui avait signé les trucages de quantité de films fantastiques anglais. La réussite tient à peu de choses : un visage expressif, des yeux qui roulent, et la voix chaude et malicieuse de Clive Revill, acteur néo-zélandais que l’on entendra quelques années plus tard dans de bien plus grosses productions hollywoodiennes.

Synopsis : Chris, Jill et Chicopacobacawana
Les Amis de Chico commence chez un antiquaire, où le jeune Chris repart avec un cadeau pour le moins inhabituel : une boîte ouvragée venue d’Amérique du Sud, contenant une tête réduite jivaro. Avec sa sœur Jill, il manipule les objets rituels livrés avec elle et réveille son occupant. La tête s’appelle Chicopacobacawana, Chico pour les intimes, elle a deux mille ans, elle parle, et elle était de son vivant le faiseur de pluie de sa tribu.
Enlevé à son peuple, Chico n’a qu’une obsession : rentrer en Amazonie, où la sécheresse s’installe faute de sorcier pour faire tomber la pluie. Les deux enfants décident de l’y ramener. Le ressort comique de Les Amis de Chico tient tout entier dans cette situation : comment traverser la moitié du monde avec une relique parlante cachée dans un cartable, quand un marchand d’art sans scrupules et deux voleurs lancés à ses trousses ont compris la valeur de l’objet ? Les pouvoirs magiques de Chico, capricieux et souvent déclenchés au mauvais moment, se chargent du reste.

Les Amis de Chico, l’été 1978 et Acilion et sa bande
En France, la série débarque le 31 août 1978 sur TF1, à l’intérieur d’Acilion et sa bande, l’émission jeunesse lancée le 3 juillet de la même année et présentée par Claude Pierrard, avec Marc Menant en remplaçant pendant les vacances. Acilion lui-même était un drôle de reptile bavard incrusté à l’écran grâce au procédé américain Aniforms et manipulé par Boris Scheigam, un dispositif si coûteux que TF1 y renonça en 1980, lorsque l’émission laissa la place à Croque-Vacances.
Voilà l’explication du mystère : Les Amis de Chico n’a été programmé qu’une seule fois, dans une émission d’été éphémère, sur une poignée de rendez-vous. Assez pour marquer au fer rouge les enfants qui étaient devant leur poste, beaucoup trop peu pour que le titre reste dans les mémoires. Pendant des années, les forums de nostalgiques ont accumulé les appels au secours de trentenaires cherchant « la série avec la tête réduite qui parle », persuadés d’avoir inventé ce souvenir. Le phénomène rappelle celui d’autres pépites européennes passées en coup de vent à la même époque, comme La Pierre Blanche, retrouvée elle aussi par la seule force du bouche-à-oreille.
Le générique français, adapté de la musique de Harry Robinson, y est pour beaucoup. Cinquante-quatre secondes d’une ritournelle enjouée qui présente Chico comme un ami capable de faire tomber la pluie : c’est souvent tout ce qu’il restait du programme dans les têtes, et c’est ce fragment de chanson qui a permis, des décennies plus tard, de remettre un nom sur la série.
Le générique de fin de Les Amis de Chico
Les Amis de Chico, un classique intemporel repêché in extremis
Les Amis de Chico aurait pu disparaître pour de bon. La série doit sa seconde vie à une édition DVD française parue le 14 octobre 2003 chez GDN Prod., qui réunit les sept épisodes en version originale et en version française. Le disque va plus loin que le simple sauvetage : ses bonus consacrent un dossier complet à Acilion et sa bande, avec des entretiens de Claude Pierrard et Boris Scheigman et des extraits d’époque, si bien que l’objet est devenu une petite archive de la télévision jeunesse française de 1978.
Côté acteurs, la postérité a surtout souri à Leslie Ash, la Jill de la série, devenue une vedette de la télévision britannique dans les décennies suivantes, et à Clive Revill, voix prolifique du cinéma anglo-saxon. Quant aux effets de Les Bowie, ils ont vieilli, évidemment, et c’est précisément ce qui fait leur charme aujourd’hui : cette tête grimaçante en latex appartient à une époque où l’on faisait peur et rire aux enfants avec trois bouts de caoutchouc et beaucoup de savoir-faire.
Revoir Les Amis de Chico aujourd’hui, c’est retrouver intact un certain goût de l’été 1978 : le fantastique bricolé, l’aventure à hauteur d’enfant, et cette idée merveilleusement absurde qu’un sorcier de deux mille ans puisse tenir dans une boîte à chaussures. La fiche complète de la mini-série est consultable sur sa page officielle IMDb.






