Goldorak – 1978

Goldorak est la série d’animation japonaise créée par Gō Nagai et produite par le studio Toei Animation, diffusée pour la première fois en France en 1978. Soucoupe rouge et noire jaillissant d’un lac de montagne, cris de guerre repris dans toutes les cours de récréation : en quelques semaines, Goldorak est devenu le premier phénomène télévisuel d’une génération entière.

Goldorak : fiche technique

Titre original : UFO Robo Grendizer
Création : Gō Nagai, avec Ken Ishikawa, pour Dynamic Planning
Studio : Toei Animation
Réalisation en chef : Tomoharu Katsumata
Musique originale : Shunsuke Kikuchi
Format : 74 épisodes de 24 minutes
Diffusion japonaise : sur Fuji TV, d’octobre 1975 à février 1977
Première diffusion française : le 3 juillet 1978 sur Antenne 2, dans l’émission inaugurale de Récré A2
Voix françaises : Daniel Gall (Actarus), Pierre Guillermo (Alcor), Jane Val (Vénusia), Michel Gatineau (professeur Procyon), Jacques Ferrière (Rigel), Jacques Berthier (Véga)

Goldorak – le robot géant de la série – 1978

Synopsis

La planète Euphor a été dévastée par les forces de Véga. Son prince, Actarus, s’est réfugié sur Terre en emportant l’arme ultime de son peuple : un robot géant de soixante-dix mètres, Goldorak. Recueilli par le professeur Procyon, il vit sous une identité d’emprunt au ranch du Bouleau blanc, où il élève des chevaux aux côtés de Vénusia et de son père Rigel. Mais le Grand Stratéguerre lance sur la Terre ses golgoths, monstres mécaniques surgis de la base lunaire de Véga.

À chaque attaque, Actarus rejoint le centre spatial, s’installe aux commandes de la soucoupe et fait décoller le robot pour un combat que scandent le fulguropoing, l’astérohache et le cornofulgure. À ses côtés, le fougueux Alcor, la princesse Phénicia et le jeune Mizar forment une escadrille improvisée face à un empire qui ne désarme jamais.

Le 3 juillet 1978, le choc de Récré A2

Rien ne préparait le public français à cela. Ce lundi 3 juillet 1978, Antenne 2 lance Récré A2, nouveau rendez-vous quotidien pour la jeunesse, et glisse dans sa toute première émission un dessin animé japonais acheté presque au hasard dans un catalogue. Les épisodes sont ensuite programmés deux fois par semaine, les lundis et jeudis à 17 h 50. La météo maussade de cette première semaine de juillet garde les enfants à la maison : l’audience explose immédiatement.

L’écart avec la production hexagonale est saisissant. Les dessins animés que l’on connaissait alors étaient doux, ronds, rassurants. Goldorak arrive avec ses métaux sombres, ses explosions, ses adversaires démembrés et un héros mélancolique qui pleure ses morts. Les enfants découvrent une science-fiction adulte, un feuilleton à suivre épisode après épisode et un vocabulaire entièrement neuf. C’est par cette porte que le mot japonais « mecha » entre dans la culture populaire française.

Goldorak 3

La genèse : un prince sans royaume

Gō Nagai avait déjà inventé le robot piloté de l’intérieur avec Mazinger Z en 1972, puis Great Mazinger. Quand Toei Animation lui demande un troisième volet, il change la règle du jeu : son héros ne sera plus un adolescent terrien, mais un extraterrestre exilé, dernier survivant d’un monde détruit. Cette mélancolie de prince sans royaume, très éloignée de l’optimisme habituel du genre, donne à la série sa couleur si particulière. Alcor, lui, n’est autre que Kōji Kabuto, le pilote de Mazinger Z, ce qui fait de Goldorak la suite d’une saga que le public français découvrira dans le désordre.

Les noms français, eux, sont une invention locale. Grendizer devient Goldorak, Duke Fleed devient Actarus, Kōji Kabuto devient Alcor : l’adaptation puise dans les étoiles et la mythologie pour rebaptiser tout le casting, avec un talent que les générations suivantes n’ont cessé de saluer. Le doublage, dirigé par Michel Gatineau, impose des voix qui restent gravées, à commencer par celle de Daniel Gall en Actarus.

Le générique, les jouets et la première polémique

Le disque suit l’écran. Goldorak, le grand, écrit par Pierre Delanoë et composé par Pascal Auriat, est confié à un enfant de douze ans, Noam Kaniel. Le 45 tours dépasse les quatre millions d’exemplaires vendus et devient l’un des plus gros succès de l’histoire du disque pour enfants en France. Dans le même temps, les jouets envahissent les rayons et les albums de vignettes s’arrachent dans les cours d’école.

Ce succès provoque aussi la première grande querelle française sur les dessins animés japonais. Éducateurs, psychologues et responsables politiques dénoncent la violence de la série, son rythme, sa mécanique guerrière ; le terme méprisant de « japoniaiserie » apparaît dans la presse. Le débat durera des années et se poursuivra jusqu’aux émissions de Dorothée dans les années 1980. Il n’empêchera rien : la voie est ouverte. Dès le 23 novembre 1978, Candy fait pleurer les mêmes enfants dans Récré A2, et Albator, le corsaire de l’espace prendra la relève sur Antenne 2 dix-huit mois plus tard.

Goldorak 2

Un classique intemporel du dessin animé

Curiosité de l’histoire : la série n’a jamais atteint au Japon le statut qu’elle occupe en France, en Italie ou dans le monde arabe, où elle reste une référence absolue. La « génération Goldorak » a nourri en France le terrain sur lequel poussera, dix ans plus tard, la vague manga menée par Akira et Dragon Ball. Beaucoup d’auteurs de bande dessinée français revendiquent aujourd’hui ce choc fondateur.

La preuve par les faits : en 2021, l’album de bande dessinée Goldorak signé par un collectif d’auteurs français s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, un jeu vidéo est sorti en 2023, et une nouvelle série animée, Grendizer U, a vu le jour en 2024 sous la direction de Mitsuo Fukuda. Près de cinquante ans après son décollage, Goldorak reste le robot géant que la France connaît le mieux. Le studio qui l’a mis au monde présente son catalogue sur le site officiel de Toei Animation.

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