Alain Bashung – Madame rêve – 1991

Alain Bashung Madame rêve est une ballade envoutante et sensuelle, l’un des sommets absolus du rock français, sortie en 1991.

Alain Bashung – Madame rêve : présentation du single

Alain Bashung Madame rêve figure sur Osez Joséphine, huitième album studio du chanteur paru en octobre 1991 chez Barclay, avant d’être édité en 45 tours comme troisième extrait en 1992. La chanson est signée par le parolier Pierre Grillet et Alain Bashung, ce dernier ayant emprunté sa ligne mélodique au morceau In the Wake of Adversity du groupe australien Dead Can Dance.

Enregistrée en 1991 aux studios Plus XXX à Paris, la chanson bénéficie des claviers de Philippe Decock, tandis que l’album dans son ensemble a été façonné entre les Ardent Studios de Memphis, le studio ICP de Bruxelles et Paris, avec des pointures comme le slide guitariste Sonny Landreth. Porté par cette production ambitieuse, Osez Joséphine atteint la 14e place des ventes en France, s’écoule à près de 300 000 exemplaires et sera plus tard sacré meilleur album de rock français de tous les temps par plusieurs classements de la presse spécialisée.

Alain Bashung – Madame rêve – pochette du single 1991

Bashung, l’aventurier des mots

Né le 1er décembre 1947 à Paris et élevé en Alsace, Alain Bashung a mis près de vingt ans à s’imposer avant de connaître le succès avec Gaby oh Gaby puis Vertige de l’amour au tournant des années 1980. Loin de se reposer sur ces tubes, il n’a cessé d’explorer, brouillant les frontières entre rock, chanson et poésie, jusqu’à devenir le plus insaisissable des artistes français. Avec Osez Joséphine, épaulé notamment par son fidèle complice d’écriture Jean Fauque sur d’autres titres, il signe l’album de la maturité, celui où sa voix caverneuse et son goût des images énigmatiques trouvent enfin leur écrin idéal.

Cette quête d’un rock français exigeant et habité le rapproche d’autres chercheurs de sons de la même époque, à l’image de Stephan Eicher et son Déjeuner en paix, autre grand disque de 1991.

La genèse : un poème né d’un amour perdu

L’histoire d’Alain Bashung Madame rêve commence par un texte que Pierre Grillet avait écrit dès 1989, et qu’il avait d’abord proposé sans succès à Louis Chedid puis au musicien suisse Andreas Vollenweider. Derrière ses vers sensuels et oniriques se cache une douleur intime : le parolier s’y était inspiré de Natasha, une femme qu’il avait profondément aimée et qui, après avoir traversé de graves troubles psychiques, disparut avant même que la chanson ne soit publiée.

C’est en 1991, sur le tournage du film Rien que des mensonges de Paule Muret, aux côtés de Fanny Ardant, que Bashung s’empare de ce texte et lui donne sa forme définitive. La chanson intègrera d’ailleurs la bande originale du film, prolongeant le lien entre le grand écran et cette rêverie trouble. Ce détour par le cinéma n’a rien d’anodin : tout, dans Madame rêve, relève de l’évocation plus que de la description, de la sensation plus que du récit. Les mots de Pierre Grillet déroulent une litanie hypnotique, une succession d’images érotiques et flottantes que la voix grave de Bashung transforme en incantation, laissant à chacun le soin d’y projeter ses propres songes.

Un clip signé Mondino, une esthétique de rêve

Fidèle à son exigence visuelle, Bashung confie l’imagerie de cette période à Jean-Baptiste Mondino, photographe et réalisateur de génie qui a façonné l’iconographie de tant de stars. La force d’Osez Joséphine tient aussi à cette cohérence entre le son et l’image, entre les arrangements aux pizzicati somptueux et une élégance visuelle ténébreuse. Sur scène, la chanson ne cessera de grandir : la version live captée lors de la tournée Bleu pétrole en 2008, portée par la guitare incandescente de Yan Pechin, en offre une lecture bouleversante, comme un ultime adieu, quelques mois avant la disparition de l’artiste, le 14 mars 2009.

Cette montée en intensité, du murmure feutré du studio à la déflagration électrique de la scène, dit tout du génie de Bashung : celui d’un interprète qui n’a jamais figé ses chansons, les faisant au contraire respirer et se réinventer au fil des années.

Un classique intemporel du rock français

Plus de trente ans après sa sortie, Alain Bashung Madame rêve demeure une pierre angulaire du patrimoine musical hexagonal. Reprise par de nombreux interprètes, enseignée comme un modèle d’écriture, régulièrement citée parmi les plus belles chansons françaises, elle incarne à elle seule la révolution douce que Bashung a imposée : celle d’un rock adulte, littéraire et sensuel, capable de rivaliser d’ambition avec les plus grandes productions internationales, à l’instar de ce que tentaient au même moment des artistes comme Axel Bauer avec Éteins la lumière.

Par son mystère jamais épuisé, Alain Bashung Madame rêve continue de faire rêver, génération après génération, et confirme la place de son auteur au panthéon de la musique française.

Pour redécouvrir l’ensemble de son œuvre et prolonger l’écoute, rendez-vous sur la page officielle d’Alain Bashung chez Universal Music France.

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