Jairo – Les Jardins du ciel – 1980
Jairo Les Jardins du ciel, ce sont des cuivres solaires, des chœurs d’enfants et une voix venue d’Amérique du Sud qui ont envoûté la France entière au printemps 1980. Derrière ce refrain que tout un pays a fredonné se cachent pourtant un tube allemand et un chanteur argentin en exil : Jairo Les Jardins du ciel est un 45 tours sorti en 1980.
Jairo – Les Jardins du ciel : présentation du single
Le 45 tours paraît au printemps 1980 chez Garima Records, sous la référence ZB 8514, avec une distribution assurée par RCA. La face A dure trois minutes cinquante-cinq et porte une double signature : la musique est celle des Allemands Ekkehard Stein et Wolfgang Jass, l’adaptation française revient à Marc Strawzynski. La production est confiée à Renaldo Cerri, les arrangements et la direction d’orchestre à Jean Claudric. Jairo Les Jardins du ciel est enregistré au Studio 92 de Boulogne-Billancourt. Au verso, Tes mots caressent ma vie repose sur un texte d’Yves Simon et une musique du chanteur lui-même : l’autre visage, plus intime, de l’artiste.
Le succès est immédiat et considérable. Jairo Les Jardins du ciel atteint la première place des ventes en France, où le disque dépasse le million d’exemplaires écoulés, et prend également la tête des classements au Québec, où la chanson devient l’un des grands refrains du début des années 1980. À l’échelle européenne, les ventes cumulées sont estimées à plus d’un million et demi d’exemplaires, ce qui fait de Jairo Les Jardins du ciel, et de très loin, le plus gros succès commercial de sa carrière. Pour accompagner cette diffusion, le chanteur grave lui-même deux autres versions : Nuestro amor será un himno pour les marchés hispanophones et Tam tam pour l’Italie.

De Cruz del Eje à Paris, l’exil d’un chanteur argentin
Celui que la France découvre en 1980 s’appelle en réalité Mario Rubén González Pierotti, né le 16 juin 1949 à Cruz del Eje, petite ville de la province de Córdoba, en Argentine. À treize ans, il décide qu’il sera artiste : après un passage par les cours de dessin à Buenos Aires, il choisit la musique et se donne un nom de scène, Jairo, qui signifie « l’inspiré fidèle » en araméen.
Sa rencontre en 1970 avec le chanteur Luis Aguilé le conduit en Espagne, où le titre Tu alma golondrina lui vaut une pluie de récompenses, dont le Prix de la critique espagnole en 1971. De retour en Argentine, il travaille sur un projet consacré aux poèmes de Jorge Luis Borges que la censure de la dictature militaire fait capoter. En 1977, il s’installe en France. Le public le repère dans un duo avec Nana Mouskouri sur Cucurrucucú Paloma, avant que Jairo Les Jardins du ciel ne le propulse au sommet trois ans plus tard.
Jairo Les Jardins du ciel : d’un tube allemand à un refrain français
L’histoire du disque commence outre-Rhin. En décembre 1979, le Goombay Dance Band, formation menée par le comédien et chanteur Oliver Bendt, publie Sun of Jamaica, carte postale exotique mêlant schlager et rythmes caribéens. Le morceau prend la première place en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas, en Espagne et en Flandre, et y décroche un disque de platine.
En France, c’est Sylvain Collaro, frère de l’animateur Stéphane Collaro, qui flaire le potentiel du titre et en fait écrire une adaptation à Marc Strawzynski. Le texte français abandonne la Jamaïque pour un imaginaire de prophétie et de terre promise, où un homme venu de loin annonce le danger et guide les siens vers la lumière. La chanson est d’abord proposée à Gérard Palaprat, contraint de la refuser pour des raisons de contrat. C’est finalement le jeune Argentin qui l’enregistre, et Jairo Les Jardins du ciel devient l’un des plus gros vendeurs de l’année.

Des chœurs d’enfants aux bandonéons de Piazzolla
L’arrangement de Jean Claudric doit beaucoup à deux idées : des cuivres triomphants et, surtout, ces chœurs d’enfants qui reprennent le refrain. Le procédé donne au morceau une allure d’hymne et le rapproche d’une autre grande chanson francophone à message, Marie Myriam – L’Oiseau et l’Enfant, dont il partage la naïveté assumée et la montée mélodique imparable. Diffusé en boucle sur les radios périphériques et repris dans toutes les émissions de variétés du samedi soir, Jairo Les Jardins du ciel installe durablement son interprète dans le paysage français.
Le paradoxe est que ce triomphe ne ressemble guère au reste de son répertoire. Dès 1981, alors qu’il remplit l’Olympia, Jairo enregistre avec Astor Piazzolla des chansons devenues des classiques du tango contemporain, dont Milonga del trovador. En 1984, l’album Le Diable déroute son public et lui vaut un accueil glacial de l’industrie du disque. Le chanteur ne cherchera jamais à refaire Jairo Les Jardins du ciel : c’est ce qui rend ce disque si singulier dans une discographie de plus de cinq cents chansons, en espagnol, en français et en italien.
Jairo Les Jardins du ciel, un classique intemporel
Au début des années 1990, le chanteur retourne vivre en Argentine, où il fonde avec son épouse une société de production, TST Productions, afin d’organiser lui-même ses concerts. Le pari est gagnant : il y mène une carrière indépendante florissante et chante un jour devant près d’un million deux cent mille personnes sur l’avenue 9 de Julio, à Buenos Aires. La France ne l’a pas oublié pour autant et l’a fait chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en 1998.
De ce côté-ci de l’Atlantique, Jairo Les Jardins du ciel a pris le statut de madeleine collective. La chanson revient régulièrement dans les compilations des années 1980 et sur les plateaux de karaoké télévisé, aux côtés des autres grands refrains de cette variété à orchestre dont Gérard Lenorman – Michèle reste l’un des étendards. Les commentaires laissés sous les archives de l’INA disent tous la même chose : on l’a entendue enfant, on ne l’a jamais vraiment oubliée.
Plus de quarante-cinq ans après, le charme opère toujours. Une mélodie simple, des chœurs d’enfants, une voix chaude au léger accent qui promet un monde meilleur : Jairo Les Jardins du ciel appartient à cette famille de disques que l’on croit connaître par hasard et dont on retrouve, dès les premières notes, chaque syllabe intacte. L’actualité du chanteur, toujours en activité en Argentine, se suit sur son site officiel.





