Depeche Mode – A Question of Time – 1986
Depeche Mode A Question of Time est le morceau qui a scellé la rencontre entre les garçons de Basildon et le photographe Anton Corbijn, troisième et dernier extrait de Black Celebration, sorti en 1986.
Depeche Mode – A Question of Time : présentation du single
Publié le 11 août 1986 chez Mute Records, « A Question of Time » est le dix-septième single britannique de Depeche Mode et le troisième et dernier extrait de Black Celebration, cinquième album studio du groupe paru en mars de la même année. Signé Martin L. Gore, comme la quasi-totalité du répertoire, le titre a été produit par le groupe lui-même avec Gareth Jones et Daniel Miller, patron du label. L’enregistrement s’est étalé de novembre 1985 à février 1986, commencé aux Westside Studios de Londres puis achevé et mixé au Hansa Mischraum de Berlin-Ouest.
La face B réunit des versions live captées le 10 avril 1986 à Birmingham pendant le Black Celebration Tour, tandis que le maxi 45 tours propose un remix étendu signé Phil Harding. Détail que les collectionneurs connaissent bien : après les pochettes noires de « Stripped » et « A Question of Lust », celle-ci passe au blanc.
Commercialement, Depeche Mode A Question of Time confirme l’assise européenne du groupe plus que sa percée américaine. Le single grimpe à la quatrième place en Allemagne de l’Ouest, à la neuvième en Suisse, à la dixième en Irlande, à la quatorzième du European Hot 100 comme en Finlande, à la dix-septième au Royaume-Uni, mais à la première du classement indépendant britannique, à la dix-huitième en Suède et à la vingt-neuvième en France. Aux États-Unis, il se contente d’une trente-quatrième place au classement des ventes dance de Billboard. En Allemagne, il termine soixante-dixième du palmarès annuel 1986.

Black Celebration, le virage sombre de Basildon
Cinq ans après les synthés guillerets de Speak & Spell, le quatuor d’Essex n’a plus grand-chose du groupe pour adolescents que la presse britannique moquait au début de la décennie. Black Celebration pousse jusqu’au bout l’exploration entamée avec Construction Time Again et Some Great Reward : sons métalliques échantillonnés, textures industrielles, atmosphère nocturne héritée des sessions berlinoises. « A Question of Time » y tient le rôle du morceau nerveux, bâti sur une pulsation séquencée obsédante, dont Martin Gore fait le récit inquiet d’une innocence menacée. Le chroniqueur de Record Mirror Lesley O’Toole résumait à l’époque le titre comme moins envoûtant que « A Question of Lust », mais mieux calibré pour la radio.
Le clip : la première fois d’Anton Corbijn
C’est ici que tout commence. La vidéo de Depeche Mode A Question of Time est le tout premier clip du groupe réalisé par le photographe néerlandais Anton Corbijn, point de départ d’une collaboration qui dure depuis près de quarante ans et à laquelle on doit l’essentiel de l’imagerie du groupe. Tourné à Los Angeles, en noir et blanc et largement en Super 8, il puise dans la grammaire du road movie : routes désertes, grain épais, silhouettes découpées. Corbijn avait pourtant photographié Depeche Mode dès 1981 pour le NME et décliné leurs premières propositions de clips, expliquant sans détour qu’il ne goûtait guère leur musique de l’époque et se considérait alors comme un homme de « musique sérieuse ».
Une demi-journée de tournage et un Alan Wilder omniprésent
Le groupe apprécia immédiatement la méthode : là où les clips précédents mobilisaient de grosses équipes techniques, Corbijn travaillait presque seul avec les musiciens, dans une intimité inhabituelle. Le tournage collectif ne dura qu’une demi-journée. Insuffisant : Alan Wilder revint seul pour une seconde session, ce qui explique qu’il occupe l’écran bien davantage que ses camarades dans le montage final. Le claviériste reconnaîtra plus tard que c’est à partir de l’arrivée de Corbijn, en 1986, que Depeche Mode a compris qu’il pouvait reprendre la main sur l’image cohérente qu’il voulait donner de lui-même.
Un jalon dans l’histoire du groupe
Le clip fut ensuite repris dans Strange, la compilation de 1988 rassemblant les cinq premiers films de Corbijn pour le groupe, puis dans The Videos 86>98, sur le DVD de The Best of Depeche Mode Volume 1 et dans la Video Singles Collection. Quant au morceau, il n’a jamais quitté la scène : la version live figure sur l’album 101 en 1989 et le titre continue de clore les concerts quatre décennies plus tard. Sans lui, pas de « Enjoy the Silence » quatre ans plus tard, ni de cette iconographie en noir et blanc devenue la signature du groupe. Pour prolonger la découverte, rendez-vous sur le site officiel de Depeche Mode.





