Cobra – 1982
Cobra est la série d’animation japonaise adaptée du manga de Buichi Terasawa, produite par le studio Tokyo Movie Shinsha et diffusée pour la première fois au Japon en 1982. Un pirate de l’espace au sourire en coin, un canon greffé dans le bras gauche et une androïde en guise d’équipage : Cobra a fait entrer dans les programmes jeunesse une élégance canaille que la télévision ne leur connaissait pas.
Cobra : fiche technique
Titre original : Space Adventure Cobra (スペースコブラ)
D’après le manga de : Buichi Terasawa, prépublié dans Weekly Shōnen Jump (Shueisha) de novembre 1978 à novembre 1984
Studio : Tokyo Movie Shinsha (TMS)
Réalisation : Osamu Dezaki, avec Yoshio Takeuchi
Musique : Kentarō Haneda
Format : 31 épisodes d’environ 25 minutes
Diffusion japonaise : sur Fuji TV, du 7 octobre 1982 au 19 mai 1983
Premières diffusions françaises : le 20 février 1985 sur Canal+, dans Cabou Cadin, puis à la rentrée 1985 dans Récré A2 sur Antenne 2
Générique français : interprété par Olivier Constantin, paroles de Paul Persavon (pseudonyme d’Antoine de Caunes), musique de Jacques Revaux et Jean-Pierre Bourtayre
Voix française de Cobra : Jean-Claude Montalban

Synopsis
Johnson est un employé de bureau sans histoire, jusqu’au jour où une séance de rêves artificiels lui restitue sa véritable identité : il est Cobra, le pirate de l’espace le plus recherché de la galaxie, qui s’est autrefois effacé la mémoire et fait refaire le visage pour échapper à la guilde criminelle lancée à ses trousses. Sous sa prothèse de bras gauche dort le Psychogun, une arme commandée par la seule pensée.
Reprenant son vaisseau, le Turtle, et retrouvant Armanoïd, l’androïde qui l’accompagne depuis toujours, Cobra reprend la route des étoiles. Sa rencontre avec les sœurs Royal, dont les corps portent tatouée la carte d’un trésor légendaire, le lance sur une piste que convoite aussi la guilde et son bras armé : Crystal Bowie, tueur au corps de verre. De planète en planète, entre casinos, prisons spatiales et duels au pistolet, Cobra avance en plaisantant, même quand tout brûle autour de lui.
Cobra, né dans les pages du Shōnen Jump
Le personnage naît en novembre 1978 sous le crayon de Buichi Terasawa, jeune auteur passé par le studio d’Osamu Tezuka. Publié pendant six ans dans Weekly Shōnen Jump, le manga s’écoulera à environ cinquante millions d’exemplaires et s’imposera comme l’un des plus gros succès de l’histoire du magazine. Terasawa y mélange sans complexe le space opera, le film noir et la comédie, dans un dessin sensuel et très graphique qui doit autant à la science-fiction américaine qu’au cinéma européen.
Le public français a vite reconnu une silhouette familière : nez cassé, mâchoire carrée, sourire narquois, le héros a régulièrement été décrit comme un Jean-Paul Belmondo de l’espace, filiation que la nonchalance du personnage rend difficile à contester. Terasawa, mort en septembre 2023 à l’âge de 68 ans, fut par ailleurs l’un des tout premiers mangakas à dessiner sur ordinateur, dès le début des années 1990.

Osamu Dezaki, la patte d’un maître
L’adaptation est confiée à Osamu Dezaki, l’un des grands stylistes de l’animation japonaise, déjà responsable d’Ashita no Joe et de Rémi sans famille. Il réalise d’abord un long métrage sorti au Japon le 23 juillet 1982, puis lance en octobre la série télévisée de 31 épisodes pour Tokyo Movie Shinsha. Sa signature est immédiatement reconnaissable : arrêts sur image traités comme des illustrations peintes, écrans divisés en trois bandes, lumières rasantes et ombres profondes.
Cette mise en scène, portée par la musique jazz et symphonique de Kentarō Haneda, donne à Cobra une allure de film pour adultes glissé dans une case pour enfants. Les décolletés, les cigares et l’humour à double sens ont survécu à la traduction, ce qui explique une partie du trouble délicieux ressenti par les téléspectateurs de dix ans.
1985 : Cobra débarque en France par Canal+
La France découvre Cobra le 20 février 1985 dans Cabou Cadin, l’émission jeunesse de Canal+, chaîne alors âgée de quelques mois à peine et reçue par une minorité de foyers. À la rentrée suivante, la série rejoint Récré A2 sur Antenne 2 et touche enfin le grand public. Elle y prolonge le sillon creusé quelques années plus tôt par Albator, le corsaire de l’espace, autre pirate solitaire venu du Japon, mais avec un ton nettement plus crâneur.
Le doublage français y est pour beaucoup. La voix gouailleuse de Jean-Claude Montalban installe un Cobra bavard, ironique, jamais impressionné, très proche du héros de comédie policière à la française. Une génération entière a retenu ses répliques désinvoltes lancées au milieu des fusillades.

Un générique écrit en secret par Antoine de Caunes
Le générique français est l’une des grandes curiosités de l’époque. Chanté par Olivier Constantin, il est composé par Jacques Revaux et Jean-Pierre Bourtayre, deux poids lourds de la chanson française, et signé pour les paroles d’un certain Paul Persavon. Derrière ce pseudonyme se cache Antoine de Caunes, alors jeune animateur de Canal+, qui avait visiblement regardé la série de très près avant d’écrire.
Le résultat, avec ses cuivres et son refrain lancé comme un slogan, colle si bien au personnage qu’il reste aujourd’hui encore l’un des génériques les plus appréciés des amateurs, souvent placé aux côtés de ceux de Goldorak et d’Albator dans les classements nostalgiques.
Cobra, un classique intemporel du dessin animé
Trente et un épisodes seulement, et pourtant une empreinte durable. Cobra a bénéficié en France d’un statut particulier, entre série culte et objet de collection, entretenu par des rééditions régulières du manga et par une nouvelle série d’OAV, Cobra The Animation, produite à la fin des années 2000. Des cinéastes français comme Luc Besson ou Alexandre Aja ont revendiqué leur admiration pour l’œuvre, ce dernier ayant longtemps rêvé d’en tirer un film.
Quarante ans après, l’aventurier au Psychogun reste le modèle d’un héros que rien n’entame : ni les tirs, ni les trahisons, ni le temps. Le studio qui a porté Cobra à l’écran présente son catalogue sur le site officiel de TMS Entertainment.



