Duran Duran – A View to a Kill – 1985
Avec Duran Duran A View to a Kill, les princes de la New Romantic offrent à la saga James Bond son générique le plus flamboyant, un tourbillon pop et orchestral resté le seul thème de la série à avoir atteint la première place américaine, sorti en 1985.
Duran Duran – A View to a Kill : présentation du single
Publié le 6 mai 1985 chez EMI et Capitol, A View to a Kill est la chanson-titre du quatorzième film de la série James Bond, Dangereusement vôtre, dernière apparition de Roger Moore dans le rôle de l’agent 007. Le morceau est cosigné par Duran Duran et le maître du son Bond, John Barry, qui en assure l’arrangement orchestral à la tête d’un ensemble de soixante musiciens, tandis que la production est confiée à Bernard Edwards, le bassiste de Chic. Enregistré aux studios Maison Rouge et CTS de Londres, ce Duran Duran A View to a Kill marie la fièvre pop du groupe à la majesté symphonique du cinéma.
Le triomphe de Duran Duran A View to a Kill est immédiat. Le 13 juillet 1985, le single se hisse au sommet du Billboard Hot 100 aux États-Unis, un exploit unique dans l’histoire de la franchise : aucun autre générique de James Bond n’a jamais atteint la première place américaine. Au Royaume-Uni, le single reste bloqué trois semaines à la deuxième position, derrière l’inattendu 19 de Paul Hardcastle, mais s’impose en tête des ventes au Canada, en Italie, en Espagne, en Belgique, au Danemark et en Suède.
Musicalement, Duran Duran A View to a Kill déploie tout l’arsenal sonore de l’époque : basse funky héritée de l’école Chic, synthétiseurs éclatants de Nick Rhodes, coups de cymbales dramatiques et cuivres tonitruants signés John Barry. La face B, intitulée That Fatal Kiss, propose d’ailleurs une version purement instrumentale et orchestrale du thème, arrangée par le compositeur, qui souligne à quel point ce générique fut pensé comme un véritable morceau de cinéma. L’ensemble avance à un rythme haletant, comme la bande-son idéale d’une course-poursuite.

Les rois de la New Romantic au faîte de leur gloire
Au milieu des années 80, Duran Duran est le groupe le plus adulé de la planète pop. Formé à Birmingham autour du chanteur Simon Le Bon, du claviériste Nick Rhodes et du trio de Taylor sans lien de parenté, John, Andy et Roger, le quintette a imposé une esthétique glamour et cosmopolite, entre synthétiseurs scintillants, clips de luxe et magazines pour adolescents. Après les triomphes de Rio et de leurs vidéos exotiques, décrocher un générique de James Bond apparaît comme la consécration ultime pour ces esthètes fascinés par le cinéma et l’élégance britannique.
Un billet de cinq livres pour décrocher Bond
La genèse de Duran Duran A View to a Kill tient à une audace toute juvénile. Lors d’une soirée, le bassiste John Taylor, fan absolu de la saga, aurait abordé le producteur Cubby Broccoli pour lui lancer, mi-sérieux : « Si je vous donne cinq livres, est-ce que je peux écrire une chanson de générique ? » L’idée fait son chemin, et le groupe se retrouve bientôt en studio avec John Barry. La collaboration, plus cordiale que celle qu’il connaîtra plus tard avec a-ha, consiste pour le compositeur à mettre en forme et en ordre les idées foisonnantes du groupe, avant de les habiller de son orchestration inimitable. Le résultat, ce Duran Duran A View to a Kill à la fois pop et cinématographique, conserve toute l’énergie du groupe tout en respectant les codes dramatiques de la série.
La Tour Eiffel, les espions et une séparation annoncée
Le clip de Duran Duran A View to a Kill, réalisé par le tandem Godley & Creme, s’ouvre sur le célèbre cercle du canon cher à la saga et met en scène les cinq membres du groupe en agents secrets, autour de la Tour Eiffel de Paris, en écho à une séquence marquante du film. Derrière le glamour, l’aventure marque pourtant un tournant : A View to a Kill est le dernier enregistrement de la formation originale de Duran Duran avant sa scission en deux projets parallèles. Le groupe interprétera le titre au Live Aid de Philadelphie en juillet 1985, ultime concert de son line-up classique avant de longues années de séparation, une prestation restée célèbre pour une note de Simon Le Bon malencontreusement fausse, aussitôt surnommée « the bum note heard around the world ».
Un classique intemporel de la saga 007
Quarante ans après, Duran Duran A View to a Kill conserve un statut à part dans le grand livre des génériques de James Bond, célébré autant pour son succès commercial record que pour sa fougue pop. Nommé aux Golden Globes aux côtés de John Barry, le morceau demeure un moment fort des concerts du groupe, qui lui rendit un hommage ému à Coachella en 2011, peu après la disparition du compositeur. Preuve de sa vitalité, il continue de figurer parmi les thèmes préférés des amateurs de la saga.
Écouter aujourd’hui ce Duran Duran A View to a Kill, c’est retrouver un instant magique où la pop la plus glamour de la décennie a su se hisser à la hauteur du mythe 007. Dans le même registre des grands génériques de la saga, on prolongera volontiers avec l’élégant The Living Daylights d’a-ha, autre bijou pop né de la rencontre avec John Barry.
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