Mary Mary – Shackles (Praise You) – 2000

Mary Mary Shackles (Praise You) est le morceau qui a fait sortir le gospel des temples américains pour l’installer dans les hit-parades, les radios pop et jusque dans les discothèques du monde entier. Porté par les voix des sœurs Erica et Tina Atkins et par la production de Warryn Campbell, Mary Mary Shackles s’est classé dans une dizaine de pays, sorti en 2000.

Mary Mary – Shackles (Praise You) : présentation du single

Publié le 29 février 2000 chez C2 Records, la structure associée à Columbia, Mary Mary Shackles est le tout premier 45 tours du duo et le titre d’ouverture de Thankful, l’album inaugural paru le 2 mai suivant. Le morceau, trois minutes et seize secondes de gospel urbain teinté de R&B, est crédité à Erica Atkins, Trecina Atkins et Warryn Campbell, auxquels s’ajoutent Franne Golde, Dennis Lambert et Duane Hitchings pour la ligne de basse empruntée à un classique de la Motown. Warryn Campbell signe la production et joue lui-même l’ensemble des instruments.

La percée est immédiate et, pour un disque de gospel, absolument inédite. Mary Mary Shackles atteint la 28e place du Hot 100 de Billboard, la 9e du classement R&B et hip-hop, et grimpe même jusqu’au 19e rang des Dance Club Songs. Le raz-de-marée est plus net encore en Europe et en Océanie : 2e en Australie, 4e aux Pays-Bas et au Danemark, 5e au Royaume-Uni et en Norvège, 6e en Flandre, 13e en France, 17e en Irlande, 25e en Allemagne.

Les certifications suivent : disque de platine aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande, disque d’or au Danemark, en Belgique et en Suède, disque d’argent en France. En fin d’année 2000, le titre figure encore à la 6e place du palmarès annuel néerlandais et à la 10e du classement australien.

Mary Mary Shackles – pochette du single 2000

Deux sœurs d’Inglewood, du chœur de l’église aux coulisses de la soul

Erica et Trecina Atkins, que tout le monde appelle Tina, grandissent à Inglewood, en Californie, dans une fratrie nombreuse où le chant d’église rythme la semaine autant que le dimanche. Toutes deux étudient le chant classique et la musique à l’El Camino College, avant de tout quitter en 1995 pour partir en tournée avec les comédies musicales gospel de Michael Matthews, Momma I’m Sorry puis Sneaky. C’est sur ces plateaux qu’elles croisent le bassiste du spectacle, un certain Warryn Campbell, qui deviendra leur producteur puis, pour Erica, son mari.

Avant de signer leur propre contrat, les deux sœurs passent des années dans l’ombre, comme choristes de Brian McKnight, Brandy, Eric Benét, Terry Ellis ou Kenny Lattimore. Cette filiation entre le chant d’église et la grande variété américaine n’a rien d’anecdotique : c’est exactement le chemin qu’avait suivi Whitney Houston avant de faire de I Will Always Love You un monument. Un contrat d’édition chez EMI Music Publishing scelle la formation officielle du duo en juin 1998, sous un nom emprunté à deux figures bibliques, Marie mère de Jésus et Marie Madeleine. Columbia les signe l’année suivante.

Mary Mary Shackles – Erica et Tina Campbell, le duo gospel – 2000

La genèse de Mary Mary Shackles : une basse volée à la Motown

Le secret du morceau tient dans ses quatre premières mesures. La ligne de basse ronde et obstinée qui porte Mary Mary Shackles est une interpolation de Don’t Look Any Further, le tube que Dennis Edwards, ancien chanteur des Temptations, avait enregistré en 1984 chez Motown avec Siedah Garrett. Cette basse-là est l’une des plus recyclées de l’histoire du disque noir américain : Eric B. & Rakim s’en étaient servis pour Paid in Full en 1987, 2Pac pour Hit ‘Em Up en 1996, TLC et Snoop Dogg à leur tour. En la reprenant, Warryn Campbell ne fait pas seulement un clin d’œil : il inscrit d’emblée un disque de louange dans la généalogie du hip-hop et du R&B.

Le texte, lui, reste d’une orthodoxie totale. Mary Mary Shackles file l’image des entraves qui tombent et des pieds enfin libres de danser, métaphore directement puisée dans les récits de délivrance de la Bible. Le sous-titre entre parenthèses, Praise You, lève toute ambiguïté sur le destinataire du refrain. C’est précisément cette double nature, une production de club et un propos de sanctuaire, qui va faire la fortune du morceau et déclencher les premières crispations.

Le clip de Darren Grant, la joie comme seul argument

La réalisation du clip est confiée à Darren Grant, l’un des faiseurs d’images les plus sollicités du R&B américain de la fin des années 1990. Pas de scénario, pas de récit : deux jeunes femmes en tenue de ville, une lumière franche, une chorégraphie qui gagne de proche en proche tous ceux qui passent dans le cadre. Le message est dans le mouvement, et il fonctionne d’autant mieux qu’il ne ressemble à rien de ce que la télévision musicale associait alors au mot gospel.

Le résultat est diffusé sur MTV, BET et les chaînes musicales européennes, ce qui constituait une anomalie complète pour un titre de louange. Pour une bonne partie du public français, découvrant Mary Mary Shackles au détour d’une programmation télévisée ou d’une compilation de l’été 2000, les deux sœurs furent longtemps un mystère : personne n’imaginait qu’il s’agissait d’un disque de gospel.

Mary Mary Shackles, un disque de louange qui passait en boîte de nuit

Le succès a son revers. Les tenants d’un gospel traditionnel reprochent au duo d’avoir dilué le message dans un habillage profane, et la présence du titre dans les classements de clubs alimente la controverse. Les deux sœurs répondent sans détour : la production est contemporaine, assument-elles, mais les paroles sont indiscutablement du gospel. L’argument fera école. Le critique Stan North, de GospelFlava, résumera l’affaire en rangeant le morceau parmi les disques fondateurs du gospel urbain.

L’histoire tranchera vite en leur faveur. Thankful se hisse en tête du classement des albums gospel américains, atteint la 59e place du Billboard 200, dépasse les deux millions d’exemplaires vendus aux États-Unis et décroche en 2001 le Grammy Award du meilleur album de gospel R&B contemporain, complété par des trophées Dove, Stellar et Lady of Soul.

Mary Mary Shackles – Erica et Tina Campbell douze ans après le single – 2012

Mary Mary Shackles, un classique intemporel

La carrière qui suit n’a jamais démenti cette entrée fracassante. I Sings prolonge l’album en août 2000, God in Me relance le duo en 2008 et lui vaut en 2010 un nouveau Grammy, celui de la meilleure chanson gospel, portant à quatre le total de leurs statuettes. De 2012 à 2017, la téléréalité qui leur est consacrée sur WE tv fait entrer Erica et Tina dans les foyers américains bien au-delà du public des églises, avant que chacune ne mène sa propre carrière solo.

Rien n’a pourtant éclipsé Mary Mary Shackles. Le morceau reste l’un des singles de gospel les plus vendus de tous les temps et continue de mener une seconde vie inattendue : deux fois choisi comme épreuve de play-back dans RuPaul’s Drag Race, en 2009 puis en 2021, il ressurgit encore en 2024 dans un épisode d’Abbott Elementary. Vingt-cinq ans après, Mary Mary Shackles conserve intacte cette qualité rare : faire lever une salle en quatre notes de basse, que l’on partage ou non la conviction qui l’a inspiré.

Pour revoir les clips officiels du duo, rendez-vous sur la chaîne officielle de Mary Mary.

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