Madness – Our House – 1982

Madness Our House, c’est le portrait joyeux et bruyant d’une maison ouvrière du nord de Londres, avec la mère au salon, le père dans le jardin et les gamins qui dévalent l’escalier. Madness Our House est aussi le titre le plus universellement connu des Nutty Boys, sorti en 1982.

Madness Our House : présentation du single

Madness Our House paraît le 12 novembre 1982 chez Stiff Records, le label indépendant qui accompagne le groupe depuis One Step Beyond…. Le morceau est le premier single extrait de The Rise & Fall, quatrième album studio de Madness publié une semaine plus tôt, le 5 novembre 1982. La chanson est signée par deux membres du groupe, Chas Smash (de son vrai nom Cathal Smyth) et le guitariste Chris Foreman. La production est confiée au tandem maison Clive Langer et Alan Winstanley, qui enregistre l’album aux AIR Studios de Londres au cours de l’année 1982.

Détail décisif : les arrangements de cordes sont écrits par le compositeur David Bedford, une première pour le groupe. En face B figure Walking with Mr Wheeze, un instrumental du claviériste Mike Barson.

Le succès est immédiat et international. Le single grimpe à la 5e place du classement britannique, offrant à Madness son onzième Top 10 consécutif dans son pays. Aux États-Unis, où le groupe reste alors une curiosité, Madness Our House atteint la 7e place du Billboard Hot 100 en 1983 et se classe 22e au palmarès annuel : ce sera son unique grand succès américain. Ailleurs, le titre se hisse à la 1re place au Danemark, en Irlande et en Suisse, 3e en Nouvelle-Zélande, 4e en Suède, 5e en Allemagne de l’Ouest et 15e au Canada. En mai 1983, la chanson reçoit l’Ivor Novello de la meilleure chanson pop.

Madness Our House – pochette du single 1982

De Camden Town aux Nutty Boys : sept garçons dans le vent

Formé à Camden Town en 1976 sous le nom de The North London Invaders, le septuor prend le nom de Madness en 1979, en hommage à un morceau du Jamaïcain Prince Buster. Autour du chanteur Suggs (Graham McPherson), le groupe réunit Mike Barson aux claviers, Chris Foreman à la guitare, Mark Bedford à la basse, Daniel « Woody » Woodgate à la batterie, Lee Thompson au saxophone et Chas Smash à la trompette et à la danse. Passés par le label 2 Tone de Coventry avec The Prince, ils rejoignent Stiff Records et enchaînent les tubes : My Girl, Baggy Trousers, Embarrassment, It Must Be Love, House of Fun.

Le ska jamaïcain des débuts laisse peu à peu place à une pop de music-hall, teintée de jazz et de chronique sociale, qui atteint sa pleine maturité sur The Rise & Fall. L’album se classe 10e au Royaume-Uni, décroche un disque d’or et sera plus tard rapproché par la critique des grandes fresques anglaises des Kinks et de Blur.

Madness Our House : la genèse d’une chanson de famille

L’idée directrice de The Rise & Fall vient de Chas Smash : consacrer un album entier aux souvenirs d’enfance de chacun. Suggs a raconté que chaque membre avait reçu la consigne d’écrire sur sa jeunesse, avec des résultats parfois inattendus, Mike Barson ayant compris de travers et livré une chanson sur New Delhi. Madness Our House naît de ce cahier des charges : Chas Smash s’inspire de la maison familiale, du va-et-vient permanent, des sœurs qui se disputent la salle de bains et du père qui rentre du travail.

Sous la gaieté du refrain se cache une mélancolie très britannique, celle des foyers surpeuplés du début des années 1980, où la crise économique retenait longtemps les jeunes adultes chez leurs parents, et celle du départ inévitable. C’est ce double fond qui donne à Madness Our House sa profondeur : on y entend le rire des enfants et, dans les cordes de David Bedford, le regret de ce qui ne reviendra pas.

Le clip de Madness Our House, une maison mitoyenne en folie

Le clip est réalisé par Dave Robinson, patron de Stiff Records, qui signait alors la plupart des vidéos du groupe. Le tournage a lieu au 47 Stephenson Street, une petite rue de maisons mitoyennes de Willesden, dans le nord-ouest de Londres, près de la gare de Willesden Junction. Les sept musiciens y incarnent une famille ouvrière entassée dans un pavillon minuscule, avec un abattage comique de troupe de théâtre. Quelques plans extérieurs viennent télescoper cet univers modeste avec des décors autrement prestigieux : le manoir de Stocks House dans le Hertfordshire, la Playboy Mansion et Buckingham Palace.

Diffusé en boucle sur MTV, alors toute jeune chaîne, le clip de Madness Our House fait bien plus que servir la chanson : il ouvre au groupe les portes du marché américain.

Madness Our House – scène du clip tourné à Willesden – 1982

L’anecdote : les Flintstones, Benny Hill et les Keystone Kops

Le batteur Daniel Woodgate a révélé d’où venait le vocabulaire visuel de la vidéo : « La scène où l’on frappe à la porte, ça vient des Pierrafeu. On a volé plein d’idées aux Keystone Kops et à Benny Hill. » Rien d’étonnant chez un groupe qui avait fait du burlesque sa marque de fabrique, jusqu’à cette démarche en canard de Chas Smash devenue emblème des Nutty Boys.

Autre anecdote révélatrice : Suggs a souvent dit que la rencontre avec David Bedford, arrangeur venu du rock progressif et collaborateur de Mike Oldfield, avait transformé le son du groupe. Sans ces cordes, Madness Our House n’aurait sans doute jamais franchi l’Atlantique.

Madness Our House, un classique intemporel

Quarante ans plus tard, Madness Our House est entré dans le patrimoine populaire britannique au même titre qu’un air de music-hall. La chanson a accompagné un épisode de la série culte The Young Ones en 1984, prêté son nom et sa trame à une comédie musicale du West End, Our House, jouée à Londres en 2002 et 2003, puis servi de bande-son à une publicité pour les bâtonnets de poisson Birds Eye en 2007. En 2012, le groupe l’a interprétée devant le stade olympique de Londres lors de la cérémonie de clôture des Jeux, repris en chœur par des dizaines de milliers de spectateurs.

Réédité sans relâche, présent sur toutes les compilations du groupe, Madness Our House reste ce rare morceau capable de faire chanter ensemble trois générations. Il suffit des premières notes de piano pour que chacun revoie sa propre maison, son propre couloir encombré, sa propre enfance.

Toujours en activité, Madness continue de tourner et d’enregistrer. Son actualité est à suivre sur le site officiel du groupe.

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