MC Solaar – Caroline – 1992

Avec MC Solaar Caroline, le rap français signait l’un de ses premiers grands succès populaires : un slow feutré, mélancolique et terriblement élégant, sorti en 1992.

MC Solaar – Caroline : présentation du single

Caroline paraît en single en avril 1992 chez Polydor, extrait de l’album Qui sème le vent récolte le tempo publié fin 1991. Écrit et interprété par Claude M’Barali, alias MC Solaar, le morceau est entièrement construit par son complice de toujours, le producteur et DJ Jimmy Jay. La production s’appuie sur un échantillon du titre Save the World du groupe de soul américain Southside Movement, enregistré en 1974, dont la ligne mélodique donne au refrain sa langueur si reconnaissable.

Le résultat rencontre un immense succès : MC Solaar Caroline grimpe jusqu’à la 4e place du Top 50 et reste vingt-deux semaines dans le classement, s’écoulant à près de 140 000 exemplaires. Pour un disque de rap, encore genre marginal en France au début des années 1990, la performance est retentissante et installe durablement le jeune artiste dans le paysage musical français. Le single confirme l’élan de l’album Qui sème le vent récolte le tempo, déjà porté par le tube Bouge de là, qui s’écoulera à plus de 400 000 exemplaires et vaudra à son auteur la Victoire de la musique de l’album rap de l’année.

MC Solaar – Caroline – pochette du single 1992

Claude M’Barali, un poète venu de Villeneuve-Saint-Georges

Né en 1969 à Dakar de parents originaires du Tchad, Claude M’Barali grandit à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne. Passionné de lettres et de langues, il transforme son goût pour les mots en une signature unique : des textes ciselés, pleins d’allitérations, de calembours et de références littéraires. En 1990, son premier single Bouge de là le révèle au grand public ; il devient rapidement le visage d’un rap hexagonal plus doux et plus jazzy que son cousin américain. Là où la variété française triomphait alors avec des titres comme Stephan Eicher – Déjeuner en paix, MC Solaar imposait une voix nouvelle, posée et lettrée, qui allait faire école.

Une déclaration d’amour construite comme un jeu de cartes

La force de Caroline tient à son écriture. Le morceau raconte une déception amoureuse, celle d’un garçon éconduit par une certaine Caroline, mais MC Solaar déploie toute son histoire au moyen d’une contrainte poétique : le vocabulaire du jeu de cartes. Les couleurs et les figures, cœur, carreau, pique, trèfle, dame, valet, deviennent la métaphore filée d’une romance qui se joue et se perd. Cette virtuosité, mêlant tendresse et ironie, distingue radicalement le texte des rimes brutales de l’époque et révèle un véritable amoureux de la langue française, capable de faire rimer légèreté et mélancolie.

Le refrain, presque murmuré, tranche avec l’énergie habituelle du hip-hop : ici, pas de posture ni de provocation, mais le récit doux-amer d’un cœur brisé, énoncé avec le sourire de celui qui sait déjà que la partie est perdue. C’est cette pudeur, rare dans le genre, qui a fait de MC Solaar Caroline une chanson que tout le monde pouvait s’approprier, bien au-delà du seul public du rap.

Des violonistes de l’Opéra Bastille en studio

Derrière son apparente simplicité, Caroline a bénéficié d’un soin de production remarquable. Jimmy Jay enregistre le titre dans un studio réputé du quartier de la Bastille, à Paris, et n’hésite pas à convoquer quatre violonistes issus de l’orchestre de l’Opéra Bastille pour habiller le morceau de cordes véritables. Un synthétiseur au son chaleureux, hérité de l’âge d’or du rock, complète l’arrangement. Ce mariage inattendu entre boucle hip-hop, soul samplée et instruments classiques donne à MC Solaar Caroline une profondeur sonore rare pour un disque de rap français de cette période.

On raconte que l’enregistrement, mené avec un souci d’orfèvre, visait précisément à sortir le rap de son image de musique « bricolée » pour lui offrir l’écrin d’une véritable production de studio. Le pari est gagné : à la radio, le titre se glisse sans effort entre les slows de variété et les tubes internationaux, séduisant un auditoire qui n’aurait sans doute jamais poussé la porte d’un concert de rap.

Un classique intemporel du rap français

Plus de trente ans après sa sortie, Caroline demeure l’un des morceaux les plus aimés du répertoire de MC Solaar, et l’un des tout premiers standards du rap hexagonal. Curieusement, la chanson a disparu des bacs entre 2000 et 2017 en raison de litiges sur les droits, avant de renaître avec la réédition du catalogue de l’artiste. Son refrain, repris en chœur par plusieurs générations, a inspiré de nombreuses reprises, de Gilbert Montagné à Vianney, en passant par Fréro Delavega et Black M. Aujourd’hui encore, MC Solaar Caroline reste ce petit miracle de douceur qui a prouvé, dès 1992, que le rap français pouvait être à la fois populaire, poétique et éternel.

Pour prolonger l’écoute et suivre l’actualité de l’artiste, rendez-vous sur le site officiel de MC Solaar.

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